vendredi 31 juillet 2020

31/07 - RAPATRIER LES INDUSTRIES AMÉRICAINES  
ET EUROPÉENNES. 



Par Operation Disclosure - David Lifschultz le Mercredi, 22 juillet 2020
Cet article d’une importance vitale fournit des recommandations pour le rapatriement des industries Américaines. 
J’ajourerai à ce brillant article que les Etats-Unis devraient adopter la plupart des recommandations ci-dessous et également adopter une partie des idées de campagne de Bernie Sanders pour financer l’éducation de tous les Américains qui possèdent les aptitudes et la capacité de devenir des ingénieurs. Ces subsides devraient cibler les domaines de l’ingénierie dont nous avons besoin afin de ne plus entendre des commentaires tels que ceux d’Apple :
La plus grande catégorie d’importations, environ 70 milliards de $ de smartphones, ne peut pas facilement être relocalisée aux Etats-Unis, comme le prétend le PDG d’Apple Tim Cook, parce des compétences spécialisées en ingénierie maintenant abondantes en Chine, sont rares aux Etats-Unis.

Nous ne devrions pas subventionner les domaines artistiques ou d’autres qui ne contribuent pas à notre sécurité nationale. Nous ne devrions pas payer pour que la plupart des Américains aillent au collège ce qui est essentiellement un gaspillage d’argent à moins que cela concerne la sécurité nationale.
Avec l'application de NESARA tout sera plus facile.

Lorsque l’Amérique menait le monde
Au cours des années 1970 et 1980, les dépenses fédérales en recherche fondamentale et en développement atteignaient 1,4% du PNB, ou l’équivalent de 300 milliards de $ actuels. La plupart étaient orientées par le NASA ou l’Agence des Projets de Recherche Avancée de la Défense (DARPA). Cet effort constant a permis de gagner la Guerre Froide et de créer l’ère du numérique. Parmi les présidents de l’après-guerre, c’est Ronald Reagan qui s’était le plus engagé en faveur du libre-échange. Mais comme l’a fait remarquer son Secrétaire du Trésor, James Baker III, Reagan a « accordé plus d’allègements à l’importation à l’industrie Américaine que n’importe lequel de ses prédécesseurs en plus d’un demi-siècle ». Cela comprenait des restrictions sur les exportations automobiles Japonaises aux Etats-Unis, des restrictions « volontaires » pour 18 pays exportateurs d’acier vers les Etats-Unis, des droits de douane anti-dumping sur les puces d’ordinateurs Japonaises et de nombreuses autres mesures. Les entreprises les plus importantes qui avaient conservé des laboratoires à grande échelle, comprenant Bell System, General Electric, RCA, IBM et DuPont, ont bénéficié de la plupart des subventions de la DARPA. Les scientifiques et les ingénieurs coopéraient avec le personnel de production pour déterminer la faisabilité des innovations. Bien que « les Grands de la Science » dominent les subventions, celles-ci ont également suscité une vague sans précédent de nouveaux entrepreneurs, qui créaient de nouvelles sociétés pour commercialiser les découvertes. La croissance de l’emploi au cours des années 1980 était parmi la plus forte des décennies d’après-guerre, et l’emploi dans les nouvelles sociétés faisait plus que compenser le déclin de l’emploi dans les grandes entreprises. 
Une claire division de la main-d’œuvre sépara les subventions pour la recherche fondamentale des entreprises privées concurrentielles vouées à la commercialisation. 
Deux faits concernant cette grosse vague d’innovation sont notables. 
Le premier est que, sans exception, chaque technologie importante de l’ère numérique a commencé par une subvention de la DARPA ou de la NASA : les semi-conducteurs, les interfaces graphiques, les lasers semiconducteurs, les réseaux optiques, les écrans LED ou plasma, et l’internet lui-même. 
Le deuxième fait est que, sans exception, les subventions originales n’envisageaient pas le potentiel commercial énorme de ces technologies. Les découvertes étaient le résultat « accidentel » de la recherche fondamentale qui avait un but différent. Par exemple, la DARPA a financé une étude de vision nocturne du champ de bataille qui s’est traduite par le laser semiconducteur, et avec lui, les réseaux de câbles optiques et l’industrie de la télévision par câble.

La plus grande catégorie d’importations, pour environ 70 milliards de $ de smartphones, ne peut être facilement relocalisée, selon l’argumentation du PDG d’Apple, Tim Cook, parce que les compétences spécialisées d’ingénierie désormais abondantes en Chine sont rares aux Etats-Unis. Cependant, il se trouve que la forme la plus importante de subventions que peut offrir le gouvernement fédéral, est un soutien généreux en termes de R&D. Les industries qui reçoivent de telles subventions sont un groupe restreint d’innovateurs potentiels. Comme par le passé, le Département de la Défense demeure le service les plus efficace pour la distribution de tels subsides. Par sa nature même, la guerre repousse les frontières de la science dans le développement de nouveaux systèmes d’armes. Des objectifs militaires, comme les défenses laser des navires de guerre Américains, les systèmes antimissiles capable d’intercepter des missiles hypervéloces, des essaims de drones guidés par IA, la détection des sous-marins, la cryptographie, etc. posent des défis scientifiques susceptibles de mener à des percées technologiques fondamentales.
Une importante subvention indirecte à l’industrie de haute-technologie est l’éducation et la formation de la main-d’œuvre. Avec un engagement en capital de plus en plus réduit à l’industrie de production, les universités n’attirent plus les étudiants les plus brillants vers l’ingénierie. L’industrie technologique Américaine est de plus en dépendante de travailleurs étrangers. Seuls 5% des étudiants sont diplômés en ingénierie, comparés à 33% en Chine ; selon les chiffres de 2016, la Chine a diplômé 4,7 millions d’étudiants en STEM (science, technologie, ingénierie et médecine) contre 568 000 aux Etats-Unis, ainsi que six fois plus d’étudiants avec une licence d’ingénierie et d’informatique.
Entre-temps les étudiants étrangers ont raflé 73% des doctorats en ingénierie électrique dans les universités Américaines en 2017.
Reconstruire l’industrie Américaine : l’enfer est pavé de bonnes intentions
Il est temps de rapatrier les industries cruciales pour protéger l’Amérique de chocs économiques
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LE 10 JUILLET 2020
La société Taïwanaise TSMC a accepté de construire une usine de semiconducteurs en Arizona pour 12 milliards de $, qui contribuera à protéger les Etats-Unis de toutes les secousses de la chaîne d’approvisionnement mondiale.
L’article ci-dessous a été publié le 8 juin par la fondation de l’American Compass, comme introduction à une série de recommandations politiques destinées à restaurer l’industrie manufacturière Américaine. Un consensus bipartisan émerge autour de la nécessité de restaurer l’avance technologique de l’Amérique et sa base industrielle. Donald Trump a gagné la présidence en 2016 en promettant de rendre sa grandeur à l’Amérique et de restaurer les emplois manufacturiers perdus. Son adversaire Démocrate Joe Biden a annoncé le 9 juillet un plan en six points pour soutenir la production et la recherche.
Jusque très récemment, la question de la chaîne d’approvisionnement avait été absente du calendrier politique Américain. Nos chaînes d’approvisionnement ont été néanmoins guidées par l’action des gouvernements au cours des 20 dernières années – pas les nôtres, mais ceux de l’Asie et particulièrement de la Chine. L’Amérique a une politique industrielle, à savoir la délocalisation. Le soutien de l’état à la production à forte intensité en capital, la marque de fabrique du modèle Asiatique depuis la Restauration Meiji de 1868, a transféré la production des Etats-Unis en Asie. Parallèlement à cette transition, l’emploi manufacturier Américain a baissé à environ 11,4 millions contre presque 20 millions en 1980.

Nous enregistrons également un déficit commercial chronique de biens manufacturés, une dette étrangère qui s’accumule, un taux d’épargne chroniquement bas, une économie excessivement fondée sur la consommation, et une productivité stagnante de la main-d’œuvre. Pour paraphraser Léon Trotsky, peut-être ne vous intéressez-vous pas aux chaînes d’approvisionnement, mais les chaînes d’approvisionnement s’intéressent à vous.

Le soi-disant consensus néolibéral dans le domaine économique n’a fait que rationnaliser la perte de substance de la base industrielle de l’Amérique. Un économiste libéral croit en la liberté du commerce ; un néolibéral parle de liberté du commerce tout en cherchant à profiter des subsides fournis par les gouvernements étrangers.

Il y a plusieurs raisons pour lesquelles l’Amérique doit rapatrier ses industries-clés. Elles comprennent :
1. La Sécurité Nationale. L’épidémie du Covid-19 a montré la dépendance de l’Amérique à des équipements de protection, des fournitures et des équipements médicaux, ainsi qu’au développement prospectif de vaccins.
2. La « Puissance douce » de l’Amérique. Par exemple, le manque de capacité manufacturière de l’Amérique pour l’équipement de télécommunication nous laisse démunis face à la baisse d’influence au bénéfice de la Chine. Le même problème se produira dans d’autres industries cruciales si on n’y remédie pas.
3. La Productivité. La perte de capacité manufacturière en haute-technologie a un impact négatif direct sur la productivité et d’importantes conséquences indirectes, telles que la perte de compétences dans des secteurs vitaux.
4. L’Innovation. La tradition Américaine d’innovation allant de Thomas Edison jusqu’aux Laboratoires Bell reposait sur la coopération entre des scientifiques, des ingénieurs et le personnel de production, plutôt que sur de la recherche académique isolée.
5. Résilience. La délocalisation de l’industrie Américaine l’a réorientée vers la consommation des ménages (70% du PNB contre une moyenne de 60% dans l’OCDE), aux dépens de l’investissement.

Cela rend les Etats-Unis plus vulnérables aux variations de confiance des consommateurs, comme en 2008-2009 et durant la pandémie du Covid-19. La résilience économique exige une composante plus importante de l’investissement dans la croissance économique.

L’Amérique a semé les germes de la révolution numérique mais n’en a pas récolté les fruits. Nous avons inventé le semiconducteur, mais aujourd’hui, nous ne produisons que 10% des puces informatiques dans le monde, en baisse de 25% par rapport à 2015.
Nous avons inventé les technologies numériques fondamentales : la mémoire flash, l’écran à cristaux liquide (LCD), les diodes électroluminescentes (LED), l’écran plasma, les lasers semiconducteurs, et les capteurs à l’état solide qui alimentent les caméras des smartphones. A présent tous ces appareils sont produits en Asie. Le marché du LCD est réparti entre le Corée du Sud, Taïwan et la Chine ; les LED sont produites en Chine et à Taïwan ; Taïwan et le Japon produisent la plupart des capteurs ; et la part de marché des Etats-Unis dans la production des mémoires flash a baissé à 10%.
Les entreprises Américaines sont toujours en tête dans l’équipement de production des microprocesseurs, mais près de 90% des ventes d’équipement vont à des fabricants étrangers.

En 1999, la part Américaine des exportations mondiales de haute-technologie était de près de 20%, et celle de la Chine de moins de 5%.
En 2015, notre part était tombée à 7% alors que celle de la Chine atteignait 26%, selon la Banque Mondiale.
En pourcentage des exportations Américaines, les biens de haute-technologie, y compris l’électronique et les médicaments, avaient diminué à 19% en 2018 – par rapport à 31% en 2007.
Pour plusieurs raisons, ce modèle symbiotique – que Niall Ferguson a qualifié de « Chimérique » - n’est plus viable. L'ascension manufacturière de l’Asie a produit certains avantages pour les Etats-Unis, ou du moins pour certains Américains : les entreprises Américaines sont sorties du secteur du hardware pour se focaliser sur des entreprises de software « peu gourmandes en capital », qui sont indéfiniment évolutives et bénéficient des importations bon marché de hardware Asiatique. Cela a produit une énorme croissance dans la capitalisation du marché des actions pour une poignée d’entreprises de software qui ont bénéficié des effets de réseau (par exemple, Microsoft, Amazon, Google, Facebook). Les consommateurs Américains ont bénéficié de produits bon marché qu’il serait beaucoup plus cher de produire sur place, bien qu’il s’agisse d’un marché avec le diable ; avec un investissement et un emploi manufacturier déclinant et une stagnation de la productivité, et quasiment sans croissance du revenu réel des ménages. Ce dernier a décliné de 1999 à 2012 et n’a retrouvé son niveau de 1999 qu’en 2016.

La perturbation de la vie économique et communautaire dans les anciens centres manufacturiers due à cette transition a contribué à l’élection de Donald Trump sur la base du programme de restauration de l’emploi industriel en Amérique. La pandémie du Covid-19 a révélé la dépendance de l’Amérique de la Chine et d’autres pays Asiatiques pour des équipements de protection nécessaires d’urgence ainsi que de médicaments de base. L’effort de l’Amérique de supprimer la domination Chinoise dans la prochaine génération de bande passante mobile (5G) a mis en évidence le manque de production de hardware Américain – ou même de conception – en tant que faiblesse stratégique.
Pour des raisons stratégiques, des raisons de structuration à long-terme et des raisons économiques à court terme, la question des chaînes d’approvisionnement a fait son chemin jusqu’au sommet du calendrier politique, où elle restera pendant une longue période à venir. Le Président Trump a récemment demandé au cours d’une conférence de presse pourquoi les Etats-Unis devraient recourir à des chaînes d’approvisionnement mondiales, plutôt que de tout fabriquer dans le pays. Mais le découplage à grande échelle est impossible dans un avenir prévisible, pour une raison simple : les importations Américaines de Chine en 2018 étaient égales à un quart de notre PNB de 2.000 milliards de $ en produits manufacturiers, une part trop importante à substituer dans un proche avenir. La plus grande catégorie d’importations, près de 70 milliards de $ de smartphones, ne peut être facilement rapatriée aux Etats-Unis, selon l’argument du PDG d’Apple Tim Cook, parce que les compétences en ingénierie spécialisée abondantes en Chine sont rares aux Etats-Unis.

Plus généralement, une autarcie authentique est certainement inutile et malavisée. Mais un découplage ciblé d’industries stratégiquement cruciales est depuis longtemps indispensable.
Nous avons l’opportunité de rapatrier des industries-clé avec un bond quantique de productivité produit par la technologie de l’information. Cependant, si nous ne saisissons par cette opportunité, nous courons le risque que nos rivaux stratégiques vont accentuer leur avance en techniques de production évoluées. La Chine a consacré de grosses sommes à la bande passante 5G, l’Intelligence Artificielle (IA) et la formation en science, technologie, ingénierie et médecine (STEM) dans le but de devenir la puissance mondiale dominante en haute-technologie. La position concurrentielle de l’Amérique dans le monde, les perspectives de croissance à long-terme et la sécurité nationale dépendent toutes de notre capacité supérieure d’innovation.

Restaurer l’industrie Américaine par l’innovation exigera un catalogue visionnaire d’initiatives politiques, comprenant des avantages fiscaux pour la R   &D, des subventions directes pour des projets cibles, des révisions de politique commerciale internationale, de réforme réglementaire, et de règles de contenu intérieur, entre autres. Dans ce symposium, un groupe éminent d’experts politiques proposent un large éventail de recommandations destinées à réaliser un rapatriement rapide du secteur manufacturier.

Deux faits concernant cette grosse vague d’innovation sont notables. Le premier est que, sans exception, chaque technologie importante de l’ère numérique a commencé par une subvention de la DARPA ou de la NASA : les semi-conducteurs, les interfaces graphiques, les lasers semiconducteurs, les réseaux optiques, les écrans LED ou plasma, et l’internet lui-même. Le deuxième fait est que, sans exception, les subventions originales n’envisageaient pas le potentiel commercial énorme de ces technologies. Les découvertes étaient le résultat « accidentel » de la recherche fondamentale qui avait un but différent. Par exemple, la DARPA a financé une étude de vision nocturne du champ de bataille qui s’est traduite par le laser semiconducteur, et avec lui, les réseaux de câbles optiques et l’industrie de la télévision par câble.

Ces deux observations illustrent l’inadéquation de la théorie classique du libre-échange. Les entrepreneurs vont se risquer dans l’inconnu, mais ils ne risqueront pas d’argent pour des inconnues inconnues – des découvertes possibles dont l’application commerciale ne peut être imaginée parce que la science sous-jacente n’a pas encore été découverte. En effet, par définition, le résultat de l’innovation fondamentale ne peut être prédit à l’avance.

Par conséquent, une R&D fondamentale nécessite le soutien de l’état. Avant l’invention « accidentelle » du laser semiconducteur, il était impossible d’imaginer un réseau optique commercialement viable ; et personne ne pouvait – voire voulait – investir pour en développer et en construire un. En pratique, la sécurité nationale a été le moteur de la R&D fondamentale pour deux raisons : D’abord, parce que les contribuables sont désireux d’accepter des dépenses sans bénéfice spécifique en matière de défense nationale, et deuxièmement parce que le moteur constant du progrès en matière de systèmes d’armes et de cryptographie fournit une cible concrète pour l’innovation qui repousse les frontières de la science.

Pour que le pipeline de la R&D fondamentale jusqu’à la commercialisation fonctionne, les législateurs doivent également s’assurer que le secteur privé soit prêt et capable de participer. Bien sûr, les efforts pour protéger des industries existantes ne produisent pas directement de l’innovation. Mais il est important de noter que le lieu principal de l’innovation à l’aube de l’ère numérique était le laboratoire de l’entreprise privée. La recherche isolée des installations de production – dans des universités par exemple – n’est pas aussi efficace. L’interaction des scientifiques avec les ingénieurs et les ouvriers spécialisés est une partie essentielle de l’innovation. Les scientifiques génèrent d’innombrables idées prometteuses chaque jour ; mais il faut des ingénieurs chevronnés et du personnel spécialisé pour filtrer les quelques innovations pratiques au milieu de celles qui n’ont qu’un intérêt académique. Si les Etats-Unis perdent leurs capacités de production les plus évoluées et dispersent leur main-d’œuvre la plus qualifiée, notre capacité d’innovation s’en trouvera paralysée.

Reprendre la tête
Il est important d’être au clair sur les différents buts qui concernent le rapatriement de chaînes d’approvisionnement et d’élaborer des politiques qui concernent ces objectifs de la manière la plus directe. Quand la logique est celle de la sécurité nationale, la production intérieure peut être considérablement plus coûteuse que les importations, mais cela en vaut la peine pour des raisons stratégiques. Lorsque la logique est de nature économique, il faut plus de précision sur les buts et le mécanisme. La protection de l’emploi industriel existant ou des subventions pour de nouveaux emplois peut s’avérer souhaitable dans certains contextes, mais nous devrions être conscients que nous transférons simplement des revenus d’un groupe d’Américains (les consommateurs qui paient des prix élevés pour les mêmes biens et les contribuables qui financent la subvention) vers un autre (les investisseurs et les employés des industries protégées).

Une logique différente et souvent meilleure réside, comme nous l’avons vu, dans une base industrielle forte et diversifiée qui est la condition préalable pour l’innovation et la croissance de la productivité de la main-d’œuvre et des revenus. L’innovation ne se produit pas dans le vide. La collaboration des scientifiques, des ingénieurs et des employés de production est requise pour identifier des innovations ayant un intérêt commercial. La production de haute-technologie dépend d’un ensemble complexe de chaînes d’approvisionnement, et l’innovation industrielle exige une masse critique de compétences intérieures.

Par exemple, à la demande pressante de l’Administration Trump, la Taiwan Semiconductor Manufacturing Corporation a accepté en mai 2020 de construire une usine de fabrication de puces électroniques en Arizona pour un coût de 12 milliards de $.

Bien que la production attendue de l’usine soit faible par rapport à la demande du marché Américain, elle contribuera à sécuriser l’approvisionnement en puces informatiques pour les applications militaires Américaines, une précaution importante parce que des accès indétectables peuvent être secrètement ménagés dans des puces complexes au niveau de la production. Intel prévoit de construire une fonderie locale de puces en Oregon.

Une logique similaire peut présider à la production intérieure d’équipement médical et de médicaments même à un coût substantiel.

Les « emplois », bien que fréquemment cités comme motivation pour une politique industrielle, ne jouent qu’un faible rôle dans un cas comme la nouvelle usine de Taiwan Semiconductor. Elle emploiera 1600 employés, avec une masse salariale annuelle de moins de 1% de l’investissement total.

En général, l’innovation en production ne soutient pas la croissance de l’emploi. En effet, alors que les Etats-Unis pourraient subventionner l’emploi manufacturier, par exemple par un crédit d’impôt pour de nouveaux emplois ou des subventions directes ou des subventions pour des industries spécifiques, cela pourrait réduire plutôt qu’accélérer les gains de productivité, et être contraire au but stratégique d’accroître la compétitivité de l’Amérique par rapport à des concurrents Asiatiques agressifs et potentiellement hostiles.

Mais une politique de rapatriement qui maintient des industries-clés en activité par rapport à une concurrence étrangère lourdement subventionnée est plus qu’une politique sociale coûteuse pour les employés de l’industrie. C’est une condition nécessaire de l’innovation future. L’impact indirect des nouvelles technologies sur l’emploi est probablement beaucoup plus important que l’impact direct. La production d’installations 5G et leurs semiconducteurs intégrés est hautement automatisée, mais l’installation de millions de stations au sol exigera d’énormes quantités de main-d’œuvre, y compris une bonne partie de main-d’œuvre qualifiée, tout comme l’extension des réseaux de fibre optique pour la télévision numérique a créé des centaines de milliers d’emplois par le passé.

La bonne nouvelle est qu’une révolution est en cours dans la production qui va changer la donne économique du rapatriement. La délocalisation des emplois manufacturiers des Etats-Unis vers la Chine et d’autres pays est souvent expliquée comme étant le résultat de la différence de coûts salariaux. C’était certainement le cas pour certaines industries, mais les coûts salariaux ne peuvent pas expliquer le transfert d’industries intensives en capital, et les processus industriels ne font que devenir plus intensifs en capital avec le temps. L’application de l’IA à des processus de production robotisés réduit l’importance des différences de coûts de main-d’œuvre. Le Dr. Henry Kressel, l’ancien directeur des Laboratoires de RCA explique : « ce changement rend plus pratique le rapatriement de la production pour certaines industries et crée un avantage compétitif en permettant un processus beaucoup plus agile comparé à la dépendance de la production délocalisée ». Les changements d’outils peuvent être programmés rapidement et de manière peu coûteuse, réduisant la dépendance à des lignes de production délocalisées et des compétences plus traditionnelles.

La mauvaise nouvelle est que l’Amérique a oublié de se préparer à une concurrence intense en capital. Nos concurrents subventionnent l’industrie à forte intensité en capital. Nous subventionnons des stades de sport. En conséquence, les Etats-Unis investissent une part bien moins importante de leur PNB que la Chine ou la Corée du Sud.

L'intensité en capital (le ratio de la totalité des actifs par rapport aux bénéfices avant intérêts et impôts) des composants de l’Indice S&P a varié autour du même niveau au cours des 20 dernières années, alors que l’intensité en capital des composants de l’Indice Composite Shanghai Chinois a presque triplée au cours de la même période.

La comptabilité des entreprises concernant les actifs, est à coup sûr non fiable, mais la tendance est néanmoins frappante. Le financement des grandes entreprises Chinoises provient principalement de banques propriété de l’état à des taux d’intérêt fixes – c’est-à-dire se fait selon une politique industrielle. Il ne s’agit pas là d’un phénomène purement Chinois, mais d’un phénomène Asiatique ; la Corée du Sud subventionne les industries à forte intensité en capital, et l’intensité en capital de son Indice KOSPI est proche de celui de la Chine.

Il faut commencer à la source du problème, à savoir le terrain de jeu biaisé. Aucune entreprise Américaine ne peut concurrencer un Huawei ou un Samsung en termes de fabrication parce que les gouvernements Chinois et Coréen fournissent des subventions en capital. Les politiques industrielles qui provoquent le moins de distorsions du processus économique ainsi que du processus politique font pencher la balance en faveur de l’industrie à forte intensité en capital en abaissant le coût du capital, et soutiennent l’innovation en subventionnant la R&D fondamentale. L’intervention la plus efficace du gouvernement dans l’industrie a suscité des innovations transformatrices par la collaboration public-privé en recherche fondamentale.

Plusieurs solutions sont disponibles. La plus simple est de réduire les impôts sur les revenus du capital. Cependant, la forme la plus importante de subventions que peut offrir le gouvernement fédéral, est un soutien généreux en termes de R&D fondamentale. Les industries qui reçoivent de telles subventions sont un groupe restreint d’innovateurs potentiels. Comme par le passé, le Département de la Défense demeure le service les plus efficace pour la distribution de telles subsides. Par sa nature même, la guerre repousse les frontières de la science dans le développement de nouveaux systèmes d’armes. Des objectifs militaires, comme les défenses laser des navires de guerre Américains, les systèmes antimissiles capable d’intercepter des missiles hypervéloces, des essaims de drones guidés par IA, la détection des sous-marins, la cryptographie, etc. posent des défis scientifiques susceptibles de mener à des percées technologiques fondamentales.

Une importante subvention indirecte à l’industrie de haute-technologie est l’éducation et la formation de la main-d’œuvre. Avec une dotation réduite en capital à l’industrie de production, les universités n’attirent plus les étudiants les plus brillants vers l’ingénierie. L’industrie technologique Américaine est de plus en dépendante de travailleurs étrangers. Seuls 5% des étudiants sont diplômés en ingénierie, comparés à 33% en Chine ; selon les chiffres de 2016, la Chine a diplômé 4,7 millions d’étudiants en STEM (Science, technologie, ingénierie et médecine) contre 568 000 aux Etats-Unis, ainsi que six fois plus d’étudiants avec une licence d’ingénierie et d’informatique.

Entre-temps les étudiants étrangers ont raflé 73% des doctorats en ingénierie électrique dans les universités Américaines en 2017.

Ce qui est essentiel pour tout programme de restauration industrielle est une réforme de l’éducation comparable à notre Loi d’Education de la Défense Nationale de 1957, ainsi que qu’un accroissement de la formation technique en informatique intensive pour des emplois industriels qualifiés.

Puis il y a les cas dans lesquels des subventions directes à des industries spécifiques – « en sélectionnant les gagnants » - sont nécessaires pour la sécurité nationale et d’autres raisons. Les subventions directes sont une politique problématique. Elles incitent inévitablement à un comportement d’avantages acquis de la part des entreprises, à des subsides de groupes d’employés particuliers, et à une répartition politique partisane du butin. Il y a certaines formes d’emploi qu’il est absurde de subventionner. Les robots ne vont pas tarder à remplacer les emplois sales et dangereux des mineurs de charbon, alors que des techniciens en blouse blanche avec des masques de réalité virtuelle manipuleront des machines souterraines. La dépendance du Canada ou du Mexique n’est pas un grand problème de sécurité nationale. Par contre, c’est le cas de la dépendance de la Chine ou même de la Corée du Sud en termes de semiconducteurs. Malgré ces réticences, les subventions directes sont quelquefois nécessaires pour empêcher la perte d’industries clés et la dispersion de la main-d’œuvre qualifiée.

Parallèlement à ces efforts ciblés pour abaisser le coût du capital, accélérer la R&D, améliorer les compétences, et encourager des industries ciblées, les législateurs peuvent également agir pour modifier l’environnement dans lequel sont prises les décisions d’investissement afin de rendre plus attractif le pari de la construction de la capacité industrielle. Et ils peuvent réformer les institutions au sein desquelles ils agissent pour améliorer leur propre coordination, leurs négociations internationales et leurs efforts de réglementation.

Les contributions proposées dans ce symposium couvrent une large palette de sujets, comprenant la R&D pré-concurrentielle comme moteur de gains de productivité à long-terme (Willy Shih), les incitations fiscales pour l’investissement dans le secteur privé (Rob Atkinson), les exigences de contenu local (Michael Lind), une politique active du marché de la main-d’œuvre (Samuel Hammond), une réforme réglementaire (Oren Cass), des structures administratives pour coordonner la politique de planification (Ganesh Sitaraman), des réformes du commerce international (Thomas Duesterberg), le financement des infrastructures (Terrence Keeley), et le respect de la législation anti-trust (Matt Stoller). Espérons que ces contributions vont fournir des ressources aux législateurs qui sont maintenant aux prises avec cette question économique décisive pour notre époque.
David Lifschultz
Envois et traduction de Patrick T.

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