lundi 5 novembre 2018

05/11 - DÉSOBÉISSANCE CIVILE : 
ILS L’ONT DÉJÀ FAIT, POURQUOI PAS NOUS ? 
Il suffit que 3,5 % de la population se mobilise 
pour qu’un régime tombe.

  
Hannah Arendt disait : «Les actes de désobéissance civile interviennent lorsqu’un certain nombre de citoyens ont acquis la conviction que les mécanismes normaux de l’évolution ne fonctionnent plus ou que leurs réclamations ne seront pas entendues ou ne seront suivies d’aucun effet.» Pour faire simple, la désobéissance civile, c’est le refus d'obéir au gouvernement par la résistance active et non violente pour inverser les rapports de force. 

Nous pouvons évoquer la marche de Gandhi contre l’occupant britannique en 1930, le mouvement des droits civiques américains mais nous pouvons également nous ’inspirer de notre histoire récente, en France.

Gandhi, une figure de la désobéissance civile. Ce que nous apprend l’Histoire
Honneur à la Guadeloupe, à la Martinique, à la Guyane et à la Réunion qui avaient lancé en 1953 une grève générale des fonctionnaires pour dénoncer l’inégalité des salaires entre habitants des Outre-mer et fonctionnaires de la métropole. Après 33 jours de grève et de mobilisation, le gouvernement promet un alignement des salaires mais refuse de s’exécuter. C’était sans compter avec la détermination des Ultramarins qui nous ont légué cette phrase restée dans les annales : «C’est nous désormais qui tenons le manche du fouet.» La pression est maintenue sur le gouvernement et quelques mois plus tard, les salaires sont alignés, les Ultramarins ont gagné. 


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En 1971, dans le plateau du Larzac, une lutte avait été engagée contre l’agrandissement d’un camp militaire. Les paysans, qui étaient déjà fortement endettés auprès du Crédit Agricole, se soulevèrent contre l’expropriation de leurs terres, décidée par le ministre de la Défense de l’époque, un certain Michel Debré. Au départ, quelque 103 paysans s’étaient engagés à rester solidaires dans la lutte avec ce qu’on a appelé le «serment des 103». Deux ans plus tard, le mouvement devient national et plus de 70.000 personnes sont venus les soutenir en engageant une guerre d’usure aux autorités. Après dix ans de lutte, le projet est finalement abandonné avec l’arrivée au pouvoir au pouvoir de François Mitterrand qui ne voulait pas reprendre le flambeau. C’est d’ailleurs cette lutte qui a lancé le mouvement altermondialiste français. 

En 1995, nous avons eu la grève contre la réforme de l’assurance maladie et qui, en 25 jours, a fait tomber le gouvernement Juppé. 
En 2006, le mouvement contre le contrat première embauche (CPE) avait abouti, au bout de trois mois, au retrait du projet de loi. 

Beaucoup pensent que la désobéissance civile consiste à un mouvement de foule instantané ou le déclenchement d’une grève générale. C’est faux, la vrai vie n’est pas Hollywood. Mais les chiffres sont plutôt rassurants. Reprenons les travaux d’Erica Chenoweth, professeur à l’Université de Denver. 
Entre 1900 et 2006, 60 % des mouvements de désobéissance civiles non violents ont abouti. 
Entre 1940 et 2006, 70 % des luttes populaires étaient non violentes. Et le chiffre est en constante augmentation contrairement aux luttes armées. Par ailleurs, 
il suffit que 3,5 % de la population se mobilise pour qu’un régime tombe.

Des raisons de nous insurger au quotidien  
Nous concernant, prenons des exemples concrets. D’abord, la première question n’est pas de savoir qu’est ce qu’il faudrait faire pour engager la désobéissance civile mais si nous voulons vraiment le faire. 

Si la presse ne fait pas correctement son travail d’information et ne joue pas son rôle de contre-pouvoir, combien sont prêts à ne plus payer leur redevance télé ? 
Quand une entreprise est prise en flagrant délit, peu importe si elle remporte son procès ou pas : combien sont prêts à la boycotter ? 

Lorsque les écoles des quartiers populaires négligent l’éducation de nos enfants, ne remplacent pas les professeurs absents, que leur cours sont de pauvre qualité ou lorsqu’on leur refuse les moyens qu’on accorde aux écoles des beaux quartiers, Combien sont prêts à soutenir les parents déjà mobilisés mais qui sont souvent seuls et démunis ? Combien sont prêts à occuper les rectorats ou à marcher sur le ministère jusqu’à ce qu’on débloque les moyens nécessaires ?

Nous avons le nombre, à quand la force ?
La police est entrée en désobéissance civile avec ses manifestations sauvages en plein état d’urgence en octobre 2016, et des flics cagoulés et armés pour bloquer les routes. Ils ont défié le gouvernement et se sont dirigés vers le ministère de l’Intérieur. Et qu’on le veuille ou non, il faut accepter l’idée que leur action a abouti puisque, malgré les coupes budgétaires et le dogme de l’austérité, ils ont obtenu 250 million d’euros. 

J’étais il n’y a pas longtemps avec Christine Delphy, la même qui avait milité aux côtés de Simone de Beauvoir. Nous avons eu une longue conversation sur nos luttes et elle m’avait interpellé lorsque j’avais évoqué la perturbation du mouvement Nuit Debout avec l’arrivée des vacances d’été. Sa réaction a été courte : « Si les Français ne sont même pas prêts à sacrifier leurs vacances, comment veux-tu qu’ils améliorent leur situation ? »

Elle avait tellement raison, tous les décideurs politiques jouent la montre pour qu’un mouvement s’essouffle avec l’arrivée des vacances. Même Jean-François Copé, M. Pains au chocolat, avait déclarait que « pour éviter les manifs, il fallait passer en force pendant les vacances ». 

Nous avons le nombre. Le pouvoir est naturellement de notre côté pas du leur, sinon pourquoi recourir au secret, pourquoi se cacher pour décider? Il n’y a pas plus grand gâchis que d’avoir les moyens d’être force de changement mais de se convaincre que l’immobilisme finira par payer.

Beaucoup de ceux qui ont contribué à rendre ce monde un brin meilleur et que nous célébrons aujourd’hui étaient seuls au départ. Nos enfants ne nous pardonnerons jamais de reculer quand il fallait avancer, ou de se cacher quand il fallait se dresser. 

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12 mars 1930. Gandhi entame la « marche du sel »

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