jeudi 14 septembre 2017

14/09 - MARINE LE PEN : « CERTAINS CATHOLIQUES 
AIMENT A SE FAIRE PEUR ».
LES LE PEN. UNE FAMILLE CHRÉTIENNE ET PATRIOTE. 


Par Pierre Jova, Antoine Pasquier et Samuel Pruvot
Entretien - La présidente du Front national ne fera aucune avancée sur les questions sociétales. En revanche, ses positions sur la laïcité ou l'immigration diviseront les catholiques.

Vous êtes récemment allée au Mont Saint-Michel*. Vous avez évoqué l’héritage civilisationnel de la France. Quelle place donnez-vous au christianisme dans cet héritage?
Dans mon projet, je prévois une révision constitutionnelle dans laquelle j’introduirai la défense et la promotion de notre héritage historique et culturel. Dans cet héritage, les racines chrétiennes ont évidemment un poids important. Laïcisées par les Lumières, elles ont inspiré notre vision de l’homme, notre vision du monde, le libre arbitre auquel nous sommes si attachés, et qui nous fait rejeter le mariage forcé qui existe dans d’autres traditions. Elles nous ont inspiré la liberté de l’homme et le rejet de l’esclavage, qui existe encore dans d’autres pays. L’égalité, également, qui nous fait rejeter ce qui peut exister dans d’autres religions, comme les castes. Tout cet héritage se diffuse au quotidien dans nos monuments, notre patrimoine, notre calendrier… Les racines chrétiennes sont une évidence, et ne sont pas seulement un héritage du passé. Elles déterminent encore beaucoup l’identité de la France et sa vision des rapports humains. Même la laïcité découle de ces racines, et c’est pour cela qu’elle s’applique avec beaucoup plus de facilité dans les pays où la religion chrétienne est dominante.
Marine Le Pen au Mont-Saint-Michel
"Nous allons apprendre à nos enfants à aimer la France".
Nous devons devenir une nation de coeur

Beaucoup de catholiques s’inquiètent de votre discours à propos de l’interdiction des signes religieux ostensibles dans l’espace public. Cela veut-il dire que demain les chemins de croix du Vendredi saint ou les processions de la Fête-Dieu seront hors la loi?
Honnêtement, certains catholiques aiment se faire peur! Je souhaite élargir à l’espace public la loi de 2004 sur l’interdiction des signes religieux ostensibles à l’école. Cette loi sur la laïcité n’a jamais concerné le personnel religieux: que ce soit les rabbins, les imams, les prêtres, etc. La laïcité n’a jamais interdit non plus les traditions religieuses, qui font l’objet de demandes d’autorisation auprès des pouvoirs publics, comme n’importe quelle manifestation. Je souhaite une laïcité renforcée, parce que je suis une pragmatique: aujourd’hui, la France est confrontée à la montée du fondamentalisme islamiste. Celui-ci se sert de l’argument de la liberté pour en réalité diffuser son idéologie. Moi, je regarde la France telle qu’elle est. Pour bloquer ce fondamentalisme islamiste, cela nécessite quelques sacrifices pour les autres religions, notamment pour nos compatriotes de confession juive, en renonçant au port de la kippa dans l’espace public.

Le christianisme et l’islam doivent-ils être traités de manière identique au nom de la laïcité? Pourquoi faire payer au christianisme les difficultés posées par l’islam?
Il n’existe pas de signe ostensible dans la religion catholique ou protestante! C’est un fait. Il n’y a pas de turban comme pour les Sikhs… Pourquoi se créer des inquiétudes, alors que l’intégralité de l’inquiétude devrait être concentrée sur la montée en puissance du fondamentalisme islamiste, dont, il faut bien le dire, les chrétiens et les Juifs peuvent être en particulier des victimes directes.

Les questions de société et de bioéthique ne font pas partie des maîtres mots de votre campagne. Est-ce que cela veut dire que ce n’est pas une priorité pour vous?
Je n’ai pas de nouvelles choses à annoncer parce que j’ai toujours été d’une clarté absolument totale. Je n’ai jamais varié, à la différence d’autres candidats, qui font de ces sujets un élément essentiel de leur image, mais qui dans leur projet, ne changent rien de ce qui a été mis en œuvre par les socialistes! J’ai toujours été claire: je suis radicalement opposée à la gestation pour autrui (GPA), et je ne veux pas de mesure visant à rendre valides les GPA effectuées à l’étranger, comme le propose M. Macron. On ne peut pas mettre le peuple français devant le fait accompli, la loi française est la loi française! Elle n’a pas à se soumettre à ces tentatives de détournement. Je souhaite également continuer de réserver la procréation médicalement assistée (PMA) comme réponse médicale aux problèmes de stérilité, et donc ne pas l’accorder aux célibataires. Enfin, comme je l’ai toujours dit, je veux créer une union civile (Pacs amélioré) qui viendra remplacer les dispositions de la loi Taubira, afin que les couples de même sexe bénéficient de facilités patrimoniales.

Vous voulez interdire la PMA aux célibataires, mais voulez-vous également le faire pour les couples de femmes?
La PMA restera réservée en cas de problème médical. Comprenez qu’un couple qui a un souci de fertilité doit pouvoir y avoir recours.

En revenant sur le «mariage pour tous» instauré par la loi Taubira, revenez-vous aussi sur la filiation?
Je suis contre l’adoption par les couples de même sexe. Un enfant qui est adopté démarre avec un certain nombre de difficultés dans la vie, et donc il faut lui donner la chance de grandir avec un papa et une maman.

Votre électorat est divisé sur cette question, comme sur celle de l’euthanasie ou du suicide assisté. Une grande partie y est favorable. Quelle est votre position?
Je suis pour ne pas aller au-delà de la loi Leonetti. Je pense que les soins palliatifs sont un vrai chantier qui n’a pas encore pris la plénitude de ce qu’il devrait être en France. La gestion de la souffrance, de manière générale, n’est pas au niveau d’un grand pays avancé et attaché à l’humain que devrait être la France.

Vos positions sur l’IVG sont connues. Le programme du FN a changé en conséquence…
Assez peu! De mémoire, en 1987, quand il y avait 35 députés du FN à l’Assemblée nationale, il n’était pas question de revenir sur l’avortement.
Certes. Mais il semble pour beaucoup de catholiques que votre mouvement est divisé sur cette question, ou qu’il entretient le flou.
Il n’y a pas de flou. Aujourd’hui, parmi les dirigeants du FN, personne n’est pour une restriction de l’accès à l’IVG. Il a pu y avoir des sensibilités différentes qui se sont exprimées sur la question du remboursement illimité, mais j’ai tranché cette question. Par conséquent, je ne toucherais pas à l’IVG, ni à ses conditions de remboursement. C’est clair. En revanche, je suis opposée à la dernière loi sur le «délit d’entrave numérique». Le gouvernement a créé les conditions d’un effondrement de la liberté d’expression. Il ne peut pas décider des sujets dont on a le droit de parler, et de ne pas parler. On a le droit d’être contre l’accès à l’IVG, et de le dire. S’ensuivrait une dérive qui interdirait de critiquer le fondamentalisme islamiste ou l’immigration. Et pourquoi pas de rétablir le délit de blasphème!

Mais l’avortement reste un problème de santé publique. Que proposez-vous pour en faire baisser le nombre et aider les femmes enceintes en détresse?
Je crois qu’il faut évidemment demander au Planning familial de faire un effort tout particulier, pour offrir aux femmes qui le souhaiteraient un support et un soutien pour conserver leur enfant si elles le souhaitent. Il est vrai qu’aujourd’hui, beaucoup de femmes doivent renoncer à un enfant pour des raisons économiques. De plus, elles sont souvent seules quand cette nouvelle arrive. Les familles monoparentales ont subi de plein fouet la crise et les choix économiques. Il faut que la nation apporte un soutien à ces femmes qui souhaitent garder leur enfant. Mais j’ai aussi évolué sur un certain nombre de choses. J’étais favorable à l’adoption prénatale. Je vois bien aujourd’hui qu’elle sera utilisée aujourd’hui pour détourner l’interdiction de la GPA, et j’y suis désormais opposée.

Estimez-vous que la construction européenne était mal partie dès l’origine avec Robert Schuman et Jean Monnet?
Vaste question! Dans le texte, non, mais dans l’esprit déjà. Elle n’a eu de cesse d’aspirer la souveraineté de l’État, sur laquelle repose notre Constitution. Pierre Mendès France l’avait dit lui-même à la tribune de l’Assemblée nationale, en 1957: «L’abdication d’une démocratie peut prendre deux formes, soit le recours à une dictature interne par la remise de tous les pouvoirs à un homme providentiel, soit la délégation de ces pouvoirs à une autorité extérieure». La construction européenne se fait au détriment de la démocratie, comme l’a avoué M. Juncker en disant «contre les traités européens, il n’y a pas de choix démocratique». De plus, dans tous les domaines où l’Union européenne intervient, elle transforme l’or en plomb: chômage, migrations, commerce, identité…
AU NOM DE L'EUROPE : JEAN MONNET LE FOSSOYEUR DE LA FRANCE. 

S’il faut combattre Daech en Syrie, faut-il le faire avec l’accord de Bachar el-Assad?
Oui, c’est le droit international! On n’intervient pas sur le territoire d’une nation souveraine sans l’autorisation de l’État. Du reste, croyez-vous que Bachar el-Assad ne va pas donner son accord pour combattre Daech avec lui?
Disons que l’intervention en Syrie de troupes étrangères, et notamment américaines, va aider les djihadistes à mener une guerre insurrectionnelle contre les «croisés»…
À la question de savoir si une intervention de Donald Trump en Syrie irait à l’encontre de ses promesses, je réponds: non, pas obligatoirement. Maintenant, est-ce aux Américains de le faire? Les États-Unis ont incontestablement créé les conditions de la naissance de Daech, par la violence de leurs guerres d’Irak, par l’embargo qui a fait un million d’enfants morts de faim ou d’insuffisance de soin. Le FN a toujours été cohérent sur ce sujet, en s’opposant à ces conflits. La France doit porter une voix différente dans le monde, liée à son histoire, à sa spécificité, à son influence. Le monde attend la France, elle a un rôle essentiel à jouer, en tant que puissance d’équilibre!

En tant que présidente, quelle serait votre diplomatie à l’égard de la Syrie?
Il faut rétablir nos relations diplomatiques avec la Syrie. Cette rupture a été une mauvaise chose pour la France et les Français. Aujourd’hui, il n’y a pas d’alternative: c’est Bachar el-Assad, ou l’État islamique. Maintenant, il faut que Bachar el-Assad, ayant repris la maîtrise de son territoire, reprenne également les Syriens! Notamment les 1,5 millions de réfugiés qui pèsent de tout leur poids sur le Liban. Il faut aussi que les conditions de protection des minorités chrétiennes soient garanties.

Si Donald Trump intervenait en Syrie avec l’accord du gouvernement syrien, est-ce que vous le soutiendriez?
Il n’y aura pas de troupes françaises engagées en Syrie. Il peut y avoir avec les Russes, les Américains et les Syriens des missions de conseil et de formation… Pour l’instant, nous avons plutôt aidé les «fondamentalistes modérés», et les «gentils» d’al-Nosra, comme le disait Laurent Fabius.

Certains catholiques ont du mal à comprendre quand vous semblez mettre en concurrence les sans-abri et les migrants à propos notamment des hébergements d’urgence. Peut-on choisir entre le prochain et le lointain? Aider les Français et ignorer les étrangers?
Il ne s’agit pas d’opposer «sans abris» et «migrants» mais de revenir au bon sens, et de ne pas promettre à des millions de personnes qui souhaiteraient rejoindre notre pays que nous pouvons les accueillir dans de bonnes conditions. Nous n’en avons plus les moyens. C’est leur mentir. Il faut en outre conduire une politique active de co-développement notamment avec l’Afrique et le bassin méditerranéen en vue de contribuer à la stabilité de ces pays et permettre aux populations concernées de trouver leur propre équilibre.
Pierre Jova, Antoine Pasquier et Samuel Pruvot
 ----------------------
Un livre :
"Notre sang vaut moins cher que leur pétrole : la France à l'épreuve du Proche-Orient" de Jean-Frédéric Poisson
« Mon seul mérite aura consisté dans le fait de me rendre sur place », confie l’auteur. Personne, dans le landerneau politique français, ne pourra en effet lui ravir ce courage. Bien avant de se porter candidat à la primaire de la droite, Jean-Frédéric Poisson s’est rapproché du Proche-Orient. Au sens strict du terme : le Liban, l’Irak, la Syrie, etc. Il a voulu « parler des réfugiés, des minorités, mais pas par ouï-dire ». Loin des articles savants et des larmes de crocodiles. Allant au bout de sa logique, le président du Parti chrétien-démocrate s’est, par exemple, entretenu avec le vice-grand imam d’Al-Azhar au Caire. Il a rencontré Bachar el-Assad à plusieurs reprises. Compromission ? Non, volonté de comprendre.

L’auteur montre avec brio combien la crise régionale est révélatrice des errances de la politique étrangère de la France. Convaincu que cette intuition vaut encore aujourd’hui, il exhume une citation du parlementaire Paul Deschanel : « Le jour où nous ferions fi de nos intérêts moraux, nous perdrions, avec nos titres de noblesse, l’intelligence des conditions de notre grande existence dans le monde. » Autrement dit, la grandeur de la France passe par le Proche-Orient. Et vice versa.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Remarque : Seul un membre de ce blog est autorisé à enregistrer un commentaire.