jeudi 26 mars 2015

26/03 - LA BANQUE ASIATIQUE AIIB.

Les Européens rejoignent en masse la banque asiatique AIIB, création chinoise qui irrite Washington (la cabale).

L’acte de naissance de l’AIIB avait été signé en octobre dernier à Pékin par une vingtaine de pays, dont  l’Inde, Singapour, le Kazakhstan, Pakistan, le Vietnam et le Qatar. Les financements  qui seront accordés par cette banque de développement devraient notamment servir à développer des infrastructures dans toute la région, dont une ligne de chemin de fer colossale reliant Pékin à Bagdad.

En quelques jours, la Grande Bretagne, la France, l'Italie et l'Allemagne ont manifesté leur volonté de participer au développement de l'AIIB, une banque de financement régionale pilotée par la Chine.
La France, l’Allemagne et l’Italie vont emboîter le pas de la Grande-Bretagne et rejoindre la Banque asiatique d’investissement dans les infrastructures (AIIB), une création de Pékin qui dérange Washington et témoigne une fois encore de la montée en puissance chinoise.
«La France, l’Italie et l’Allemagne annoncent ce jour leur intention de devenir des membres fondateurs potentiels de la Banque asiatique d’investissement dans les infrastructures (AIIB)», ont annoncé dans des communiqués séparés leurs gouvernements.

Avec la Grande-Bretagne la semaine dernière, ce sont quatre grands pays européens qui manifestent en quelques jours leur volonté de participer au développement de l’AIIB, une banque de financement régionale pilotée par la Chine.

Un afflux salué par Pékin qui estime que des pays «hors de la région participeront à accroître la représentativité de l’AIIB», une institution qui viendra encombrer le panorama déjà compliqué des institutions internationales de financement, et qui témoigne de la lutte d’influence que se livrent notamment les deux premières puissances économiques mondiales, Etats-Unis et Chine.

L’objectif de l’AIIB est de financer des projets d’infrastructures dans la région asiatique, entrant donc en concurrence avec la Banque mondiale, une des deux institutions de Bretton Woods (avec le FMI) basée à Washington, ou la Banque asiatique de développement, dominée par le Japon et les Etats-Unis.

Ces institutions internationales sont le théâtre de luttes de pouvoir et d’influence entre grandes puissances. Les institutions de Bretton Woods, et plus particulièrement le FMI, cristallisent un affrontement entre les Etats-Unis et les grandes puissances émergentes, le Congrès américain bloquant un projet de réforme des quote-part de l’institution monétaire qui donnerait plus de poids aux pays émergents.

«Notre crédibilité et notre influence à l’international sont menacées» par ce blocage à regretté mardi devant le Congrès le Secrétaire américain au Trésor Jacob Lew. Et ce, alors même que «de nouvelles institutions voient le jour».

L’AIIB pourrait aussi entrer en concurrence avec la future «banque des Brics», une autre structure de financement pilotée par les grands pays émergents (Brics: Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) qui pourrait voir le jour en 2016.

L’AIIB devrait être elle basée à Pékin et dotée d’un capital initial de 50 milliards de dollars. La Chine a lancé formellement cette initiative en octobre 2014 en signant un protocole d’accord avec 20 autres pays, rejoints depuis par d’autres gouvernements.

- La question des standards :
Les Etats-Unis sont très réticents face à l’AIIB, affirmant être préoccupés par d’éventuels standards de gouvernance trop bas, en matière sociale ou écologique.

«Notre préoccupation a toujours été de savoir si toute nouvelle institution d’investissement adhèrera aux standards élevés en cours chez les institutions financières internationales. Va-t-elle protéger les droits des travailleurs ? L’environnement ? Va-t-elle faire face à la corruption ?», a demandé M. Lew.

Les Européns affirment que leur action au sein de l’AIIB permettra justement de relever les standards.

«L’Allemagne aussi veut que l’AIIB atteigne les standards élevés de la Banque Mondiale et d’autres institutions financières régionales. Nous partons du principe que cela pourra se faire le mieux au moyen d’une coopération constructive dans l’élaboration de ces standards», a déclaré à l’AFP une source proche du gouvernement allemand.

Mais les pays européens, empêtrés dans une croissance morose et régulièrement enclins à vouloir profiter de l’entraînement de la locomotive économique chinoise, ne veulent pas laisser passer l’opportunité de s’attirer les bonnes grâces chinoises.

«Nous voulons apporter une contribution à l’évolution positive de l’économie asiatique, à laquelle les entreprises allemandes prennent activement part», a commenté mardi à Berlin le ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble, lors d’une déclaration avec un vice-Premier ministre chinois, Ma Kai.

Présent à Pékin, le président du Parlement européen Martin Schulz a déclaré que de telles adhésions étaient une «bonne chose», et qu’il trouverait «encore mieux si d’autres pays membres rejoignaient» l’AIIB.

L'AIIB établie avant la fin de l'année :
La Banque asiatique d'investissement pour les infrastructures sera officiellement établie d'ici la fin de l'année, a annoncé le ministre des Finances chinois Lou Jiwei, ajoutant que Pékin était en communication avec les Etats-Unis et le Japon concernant sa formation.

La nouvelle institution constitue un mouvement qui illustre avec éclat l’émergence de la Chine en tant que puissance de premier plan et le déclin corrélatif des Etats-Unis. Alors que le porte-parole de la diplomatie chinoise, Hong Lei, s’est sobrement contenté d’un message de «bienvenue» aux quatre pays du G7, le vice-ministre chinois des Finances, Shi Yaobin, s’est dit,  sur un ton faussement naïf, prêt à accueillir les Etats-Unis au sein de l’AIIB.

Mais dans les médias chinois, la fierté est beaucoup plus perceptible. Le Quotidien du Peuple ne fait pas de mystère sur le fait que Washington a tenté par tous les moyens de bloquer ce projet. L’agence officielle Xinhua juge le gouvernement des  Etats-Unis «irascible et cyniques, mais aussi «isolé et hypocrite». Le Global Times juge que «c’est, au plan symbolique, la victoire de l’harmonie chinoise contre l’agressivité américaine».

L’attachement de Pékin à mettre en place un concurrent à la Banque mondiale reflète en effet sa frustration devant la domination des pays occidentaux sur la gouvernance des différents bailleurs de fonds multilatéraux, notamment le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale.

Le mouvement lancé par Pékin pour casser le monopole de ces institutions sous domination occidentale est d’ailleurs manifeste depuis un an: au-delà des presque 50 milliards de dollars qu’elle va mobiliser pour l’AIIB,  la Chine va allouer 40 milliards à un fonds pour la «nouvelle route de la soie», destiné à asseoir son influence dans les pays de son pourtour via des chantiers d’infrastructures. Il faut y ajouter 10 milliards au sein d’une nouvelle banque créée par les «BRICS» (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) et 41 milliards pour un fonds d’urgence lancé par les mêmes pays pour prévenir les risques de crise.

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La Suisse et le Luxembourg veulent rejoindre l'AIIB, selon la Chine
21 mars 2015 

La Suisse et le Luxembourg veulent rejoindre la Banque asiatique d'investissement dans les infrastructures (AIIB) initiée par Pékin, a indiqué samedi dans un communiqué le ministère des Finances chinois, après le ralliement de plusieurs autres pays européens.

Selon le ministère chinois des Finances, la Suisse deviendra officiellement un membre fondateur de l'AIIB si cette candidature est approuvée par les autres membres, ce qui pourrait intervenir d'ici la fin du mois.

Pékin a précisé ans un communiqué séparé que le Luxembourg avait également manifesté sa volonté de rejoindre la nouvelle institution bancaire asiatique.

Le ministre des Finances chinois Lou Jiwei a relevé vendredi que l'AIIB comptait 27 membres fondateurs potentiels, selon l'agence officielle de presse Xinhua. La date limite pour présenter sa candidature est fixée au 31 mars et la banque devrait être mise en place d'ici la fin de l'année avec un capital initial de 50 milliards de dollars.

En visite vendredi à Pékin, Angel Gurria, secrétaire général de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), s'est voulu conciliant.

"Le fait que certains pays européens s'associent désormais à ce projet me convainc encore davantage que (l'AIIB) sera dirigée de façon très professionnelle et transparente", avait-il déclaré, lors d'une conférence de presse.

Eh oui, la Suisse aussi rejoint la nouvelle banque mondiale qui n’est plus mondiale mais asiatique.

Comme l’un des premiers pays d’Europe de l’Ouest à faire ce pas, la Suisse pourra ainsi participer à la préparation des statuts de cette nouvelle et importante institution financière. Cela « lui permettra également de bien se positionner dans cette nouvelle institution », selon un communiqué publié par le gouvernement suisse.

Cette décision contribuera également à promouvoir la coopération politique et économique de la Suisse avec l’Asie en général, et avec la Chine en particulier.

Selon le communiqué, la Suisse considère qu’elle peut jouer un rôle important «pour assurer que la nouvelle banque respectera les standards internationaux dans ses activités opérationnelles et dans la coopération au développement. Elle pourra, à cet effet, mettre à profit sa longue expérience et la crédibilité dont elle jouit auprès des banques multilatérales de développement ».

Cette nouvelle institution travaillera étroitement avec les banques multilatérales de développement existantes et interviendra à titre complémentaire.

L’AIIB a la capacité de devenir un élément important de l’architecture financière internationale et de jouer un rôle majeur dans le financement des besoins urgents en infrastructures en Asie.

Les statuts de la banque devraient être approuvés au courant de cette année. C’est seulement après leur approbation que la Suisse décidera d’une participation définitive à la banque. D’ici là, elle devra aussi définir la hauteur de sa participation financière. Pour adhérer à une organisation internationale, une décision du Parlement est requise, ajoute le communiqué du gouvernement suisse.

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Le Financement de l'AIIB ouvert à d'autres pays

Les fonctionnaires des Finances ont indiqué dimanche que la Chine suivra la pratique internationale et permettre à d'autres nations d'injecter des capitaux dans la Banque asiatique d'investissement dans les infrastructures (AIIB).
Jin Liqun, secrétaire général du Secrétariat intérimaire multilatéral pour l'établissement de l'AIIB, a déclaré que même si la Chine reste le plus grand actionnaire de l'Institut financier, le pays n'aura aucun privilège, mais plus d'obligations pour améliorer l'économie de l'Asie d'une manière équitable et durable.
Désireux d'enrichir la connectivité régionale, la capacité de l'investissement et du commerce, la Chine a engagé 50 milliards de dollars en octobre dernier et réuni 27 pays partenaires pour former l'AIIB. La banque conduite par la Chine ciblera des programmes tels que la construction de routes, de ports et d'autres infrastructures à travers l'Asie, en mettant l'accent sur les membres de l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est.
L'objectif à long terme de la nouvelle entité bancaire étant d'amasser plus de 100 milliards de dollars pour de futurs projets.
Les statistiques de la Banque asiatique de développement (BAD)ont montré qu'entre 2010 et 2020, un investissement d'environ de 8 milliards de dollars sera nécessaire dans la région Asie-Pacifique pour améliorer les infrastructures. Toutefois, pour ce programme la BAD est en mesure de fournir annuellement environ 10 milliards de dollars.
Le cycle d'investissement à long terme et le manque d'intérêt des entreprises privées sont deux autres facteurs qui entravent le développement de la région.
«Dans de telles circonstances, la mise en place de la AIIB sera complémentaire à la BAD et d'autres institutions financières multilatérales, dont la Banque mondiale»,a noté Jin Liqun lors de la tenue du China Development Forum à Beijing.
«Ce que de la région a besoin en urgence c'est d'établir un mécanisme financier pratique pour construire une plate-forme permettant à tous les partenaires de participer au processus de prise de décision», a souligné le responsable.
Lou Jiwei ministre des Finances a rappelé que l'AIIB avait été proposé au milieu de la demande énorme pour les investissements dans les infrastructures en Asie, et ne fera pas concurrence aux organisations existantes qui visent à réduire la pauvreté.
«La Banque asiatique d'investissement dans les infrastructures s'appuiera sur l'expérience des banques établies pour mettre en place une structure à trois niveaux y compris un conseil d'administration et de direction», a expliqué Lou Jiwei, promettant également un mécanisme de contrôle pour assurer l'élaboration de politiques suffisantes, ouvertes et transparentes.
Pour la directrice générale du Fonds monétaire international, Christine Lagarde, le FMI est prêt à coopérer avec le AIIB et qu'il y a une grande place pour une coopération sur le financement des infrastructures».

Christine Lagarde a fait savoir que la Banque mondiale pourrait également coopérer avec la AIIB. Ses commentaires interviennent après qu'un certain nombre de pays aient indiqué qu'ils participeraient aux projets de la nouvelle banque qui devrait commencer ses activités d'ici la fin de l'année.

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