vendredi 19 décembre 2014

19/12 - ORGANISATION DE DAECH :
VOICI CE QUE L'ON SAIT 
DU FONCTIONNEMENT DE L'ÉTAT ISLAMIQUE

INTERNATIONAL - Depuis que Daech (aussi appelé État islamique ou EI) a proclamé son califat, des centaines de rapports ont tenté de dresser un portrait du groupe, décrit comme une bande d’extrémistes. Si l’organisation est en effet vaste et complexe, elle est aussi composée d’hommes qui usent de leurs réseaux de contacts avec soin.
Ces hommes gèrent les structures de l’EI, soit des centaines de villes et de villages, des milliers de combattants et des millions de dollars qui renflouent leurs coffres.

Tour d’horizon de son fonctionnement.

Le chef :
À la tête de l’EI, on retrouve Abu Bakr al-Baghdadi. Né Awwad Ibrahim Ali al-Badri al-Samarrai au nord de l’Irak en 1971, Baghdadi a été élevé dans une famille sunnite pratiquante. Comme le rapporte le New York Times, il a obtenu son doctorat en études islamiques de l’Université islamique de Bagdad avant de commencer sa carrière comme chef religieux.
Il a été sur les radars internationaux pour la première fois après l’invasion américaine en Irak en 2003. Des rapports soulèvent qu’il aurait été détenu au Camp Bucca par les Forces armées. Même si la date exacte et la nature de son arrestation sont inconnues, on sait qu’il aurait été emprisonné en 2004 ou en 2005, et libéré en 2009.
Par la suite, Baghdadi s’est joint à Al-Qaïda en Irak (AQI) – il en est devenu le leader en 2010 après que les États-Unis aient éliminé les autres chefs. Son statut élevé lui a aussi valu d’être mis sur la liste des terroristes recherchés et d’avoir sa tête mise à prix pour 10 millions de dollars.
AQI a subi bien des changements sous le règne de Baghdadi. Le groupuscule s’est graduellement détaché d’Al-Qaïda en se mêlant de la guerre civile syrienne et en déclarant qu’il avait restauré la période des califats. C’est ainsi que «l’État islamique» est né.

Celui qui se prénomme maintenant calife Ibrahim est le chef religieux et politique du territoire de l’EI. Se faisant plutôt discret, sa dernière apparition publique remonte à juillet 2014 dans laquelle il urge ses fidèles à combattre «les ennemis de Dieu».
Les analystes croient que les croyances et l’image de Baghdadi sont une version déformée d’une forme du courant fondamentaliste de l’Islam qu’on appelle wahhabisme.

Les députés :
Aux côtés de Baghdadi se trouvent deux députés : Abu Muslim al-Turkmani, qui régit les opérations en territoire irakien, et Abu Ali al-Anbari, qui s’occupe du territoire syrien. Selon le Wall Street Journal, les deux hommes auraient été des généraux de Saddam Hussein.
Ces députés sont les plus hauts placés dans leurs territoires respectifs – ils parlent aux gouverneurs locaux, coordonnent avec les conseils et régissent la bureaucratie de l’État islamique. Si Baghdadi devait mourir, l’un des députés lui succèderait.

Les cabinets et les conseils :
En plus des députés, d’autres structures aident à diriger l’État islamique, même si on dispose de peu d’informations à propos de leurs leaders principaux. Le cabinet principal conseille al-Baghdadi à propos des décisions de l’État, alors que le conseil consultatif le conseille sur les affaires juridiques – l’EI considère que la loi islamique est la seule loi applicable.
Preuve de l’influence considérable du conseil consultatif : il pourrait être à l’origine des décisions concernant la décapitation des journalistes étrangers.

Gouverneurs et cadres intermédiaires :
L’État islamique est divisé en sept vilayets, ou provinces, avec un gouverneur local pour chaque. Ces gouverneurs travaillent avec des leaders locaux, qui se rapportent aussi aux députés pour toute initiative, que ce soit pour réparer un nid-de-poule ou encore couper les mains d’un voleur.
C’est à sur ce plan que l’horrible réalité de l’EI devient plus évidente. Avec son nombre de conseils en charge des finances, des stratégies média et de l’action militaire, c’est une société civile semi-fonctionnelle qui impose des lois brutales et sévères à toute la population.
Il peut sembler étrange qu’un groupe qui a crucifié des gens gère aussi un bureau de poste ou distribue des contraventions de stationnement, mais le maintien des services est un moyen de garder le contrôle sur la population.

Une vidéo filmée secrètement par une femme à Raqqa, en Syrie, considérée comme la capitale de l'État islamique. Des femmes syriennes de famille française :


Malgré ses différentes structures et mesures bureaucratiques, l’État islamique n’est pas un état légitime. Il n’est pas reconnu à l’international, ses milliers de combattants étrangers sont nécessaires pour contrôler la population civile, et son territoire a changé rapidement.
Sa hiérarchie démontre toutefois que l’EI compte bien garder – et maintenir – le territoire qu'il contrôle. Ce n’est pas un vrai état, mais il a pris toutes les mesures pour fonctionner comme tel.


L'État islamique en 7 points

L'Etat islamique, c'est quoi?
Peu après le début de la guerre en Irak menée par les Etats-Unis, un nouveau groupe jihadiste voit le jour en Irak. C'est l'origine de l'Etat islamique. Ce groupe se présentait comme le défenseur de la minorité sunnite face aux chiites qui ont pris le pouvoir avec l'invasion conduite par les Etats-unis en 2003. Il se fait connaître par des tueries de chiites et les attaques-suicides contre les forces américaines.

Sa brutalité et son islam intransigeant pousseront finalement les tribus sunnites à le chasser de leur territoire. Traqués en Irak, ses membres dès juillet 2011, soit trois mois après le début de la révolte contre Bachar al-Assad, sont appelés à aller combattre en Syrie contre le régime. Une implication dans le conflit syrien qui lui permet un véritable essor. 

En Syrie, rapidement apparaissent les dissensions entre jihadistes irakiens et syriens. Les premiers proposent la création en avril 2013 de l'Etat islamique d'Irak et du Levant (EIIL) mais le chef syrien refuse et maintient le Front al-Nosra qui devient la branche officielle d'al-Qaïda en Syrie.

Fort de ses victoires en Irak et en Syrie, le chef de l'EIIL Abou Bakr al-Baghdadi proclame en juin 2014 un "califat" à cheval sur les deux pays. A cette occasion, le groupe jihadiste est renommé Etat islamique (EI). Il est appelé ISIS en anglais et Daesh en arabe.

Photo: le drapeau de l'Etat islamique
Qui est leur chef?
L'Etat islamique est dirigé par un homme dont on sait peu de chose: Abou Bakr Al-Baghdadi (photo ci-contre).

Né en 1971 à Samarra au nord de Bagdad, selon Washington, Abou Bakr Al-Baghdadi, aurait rejoint l'insurrection en Irak peu après l'invasion conduite par les Etats-Unis en 2003, et aurait passé quatre ans dans un camp de détention américain.

Les forces américaines avaient annoncé en octobre 2005 la mort d'Abou Douaa - un des surnoms de Baghdadi - dans un raid aérien à la frontière syrienne. Mais il est réapparu, bien vivant, en mai 2010 à la tête de l'Etat islamique en Irak (ISI), la branche irakienne d'Al-Qaïda, après la mort dans un raid de deux chefs du groupe.
Un joli tour de passe passe! Contrôle mental?

Le visage de Baghdadi n'a été révélé qu'en janvier 2014, lorsque les autorités irakiennes ont pour la première fois publié une photo noir et blanc montrant un homme barbu, au crâne dégarni en costume-cravate. Le mystère qui l'entoure contribue au culte de sa personnalité, et Youtube voit fleurir les chants religieux louant ses vertus. Au sein de l'EI, il est salué comme un commandant et un tacticien présent sur le champ de bataille.

Combien sont-ils?
Il n'y a pas de chiffres précis. L'observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH) évalue en Syrie à plus de 50.000 le nombre de ses combattants, dont 20.000 non syriens, venus du Golfe, de Tchétchénie, d'Europe et même de Chine.
En Irak, selon Ahmad al-Sharifi, professeur de Sciences politiques à l'université de Bagdad, l'EI compte entre 8000 et 10.000 combattants dont 60% d'Irakiens. L'EI recrute beaucoup à travers les réseaux sociaux, mais nombreux sont les rebelles qui le rejoignent par peur ou allécher par les salaires offerts.

Quelle est l'étendue de la zone contrôlée par l'Etat islamique?
A la fin du mois d'août, l'Etat Islamique contrôlait environ 25% de la Syrie (45 000 km2) et 40% de l'Irak (170 000 km2), soit au total 215 000 km2. C'est l'équivalent du Royaume-Uni (237.000 km2), selon Fabrice Balanche, géographe expert de la Syrie.

Cependant, précise-t-il, la plupart des territoires contrôlés par l'EI, notamment en Irak, sont désertiques, ce qui réduit son emprise réelle sur le territoire.

Le "califat" s'étend de Manbej, dans le nord de la Syrie près de la frontière turque dans la province d'Alep, en direction de l'est avec toute la province de Raqa et une grande partie des gouvernorats de Hassaka et de Deir Ezzor, jusqu'à la localité frontalière de Boukamal. En Irak, il contrôle les régions sunnites de l'ouest et du nord avec notamment la ville de Mossoul.


Comment se financent-ils?
Les experts estiment qu'il y a plusieurs sources de financement. D'abord, il y aurait des contributions de pays du Golfe. Le ministre allemand de l'aide au développement Gerd Müller a par exemple accusé directement le Qatar.
Pour Romain Caillet, expert des mouvements islamistes, c'est essentiellement un auto-financement. Selon lui, le financement extérieur, dont de certaines familles du Golfe représente seulement 5% de ses ressources.

Ensuite, l'Etat islamique soutire de l'argent par la force en pratiquant l'extorsion ou en imposant des impôts aux populations locales.

A cela s'ajoutent 
  • la contrebande de pétrole et de pièces d'antiquité, 
  • les rançons pour la libération d'otages occidentaux 
  • et les réserves en liquide des banques de Mossoul dont s'est emparé l'EI au début de son offensive fulgurante lancé début juin en Irak.

Selon Bashar Kiki, le chef du conseil provincial de Ninive, dont Mossoul est la capitale, les réserves en liquide des banques de la ville atteignaient avant cette offensive environ 400 millions de dollars, auxquels il faut ajouter quelque 250.000 dollars qui se trouvaient dans les coffres du conseil provincial.

Quels sont leurs moyens militaires?
L'EI dispose de chars, humvees (véhicules de transport), missiles et autres armements lourds pris à ses ennemis lors de son offensive.
Ce matériel, souvent de fabrication américaine, et notamment abandonné par l'armée irakienne lors de son retrait face aux insurgés aux premiers jours de leur offensive, a transformé les capacités militaires de l'EI.
"Ils ont engrangé des quantités significatives d'équipements dont ils avaient le plus besoin", selon Anthony Cordesman, du Centre pour les études stratégiques et internationales de Washington.

Pourquoi attirent-ils les jihadistes?
Pour l'écrivain et journaliste libanais Hazem al-Amine, les jihadistes occidentaux sont fascinés par sa démonstration de force de "type hollywoodien". Les décapitations, les exécutions et la conquête de territoires font figure d'épopée. En outre, selon les experts, l'EI joue sur le sentiment religieux et leur affirme qu'il a renoué avec l'islam du temps de Mahomet.

Quels sont leurs moyens militaires?
L'EI dispose de chars, humvees (véhicules de transport), missiles et autres armements lourds pris à ses ennemis lors de son offensive.

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Le pétrole syrien abreuverait l’organisation terroriste Daech
Les terroristes de Daech contrôleraient 80 % de la production de l'or noir en Syrie. Blanchiment, financement, autoconsommation. Une goutte dans la production mondiale mais une source de financement énorme pour un petit groupe terroriste. C'est ce que nous explique Francis Perrin, directeur de la rédaction du magazine "Pétrole et Gaz Arabes".

Pourquoi l'organisation terroriste Daech est-elle si puissante ?
Son budget est évalué aujourd'hui à plus d’un milliard de dollars. Une manne qu'elle tire essentiellement des revenus du pétrole. Elle a la mainmise sur des zones extrêmement riches en Syrie et aussi en Irak. Et certains pays alentours n'hésitent pas à lui acheter cet or noir.

-          Le groupe terroriste Daech "va d’abord transformer ce pétrole en carburant parce qu’on en a besoin pour mener un effort de guerre.
-          Ensuite, il va commercialiser les produits pétroliers dans les zones qu’il contrôle près de la frontière irako-syrienne
-          et une troisième partie sera exportée, notamment vers des marchés régionaux, principalement vers la Turquie et peut-être également vers la région du Kurdistan irakien",
explique Francis Perrin.  

"Dans ces régions, il est possible que certains intermédiaires peu scrupuleux mélangent du pétrole venant de l’Etat islamique à d’autres pétroles pour le blanchir en quelque sorte et l’exportent sur les marchés internationaux", poursuit le président du groupe Média Stratégies et Politiques Energétiques.

Daech détiendrait 80% du pétrole syrien, beaucoup et peu à la fois
"Mais on est sur des volumes certainement très faibles. Je ne crois pas qu’il faut penser qu’il y ait des volumes importants de pétrole venant de Syrie et d’Irak dans des zones contrôlées par l’Etat islamique qui arriveraient en Europe, en Amérique du Nord ou en Asie", nuance Francis Perrin.
"Il faut tenir compte du fait que la production syrienne s’est effondrée. La Syrie qui était un petit producteur de pétrole ne produit aujourd’hui quasiment plus rien. Donc, certes l’Etat islamique contrôle des puits et des champs pétroliers en Syrie, mais ce n’est plus une production importante. Cela dit, ce n’est pas rassurant pour autant, car même si ce n’est pas grand-chose en terme de volume de pétrole c’est important pour un groupe terroriste pour ses propres besoins et par ailleurs pour obtenir des revenus", poursuit-il.


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