mardi 15 juillet 2014

15/07 - GANDHI ET LA DÉSOBÉISSANCE CIVILE. 
11 septembre 1906.
(1869 - 1948).
Vandana Shiva qui lui succède.
Des vies au service de la non-violence.


Soyez le changement que vous voulez dans ce monde.

En Inde, Mohandas K. Gandhi, militant nationaliste hindou et adepte de la non-violence, lance une vaste campagne de résistance passive contre l’Empire britannique. La désobéissance civile débute par une «Marche du sel», le 17 mars 1930 vers les marais salants de Jabalpour, distants de 300 km. Le gouvernement détient en effet le monopole du sel qui lui rapporte 15 millions de francs-or par an, utilisés pour l’entretien des troupes coloniales. Arrivés sur place, les 50.000 marcheurs défient les autorités en récoltant du sel sur la plage. L’Armée ouvre le feu et tue des dizaines de manifestants - mais tout au long de la marche, Gandhi a diffusé une liste de règles religieuses du comportement non-violent qui seront scrupuleusement respectées ce jour-là. Les manifestants ne résistent pas, forçant le respect des soldats qui cessent de tirer. Les «Recommandations au Satyagrahi» deviendront la base des actions non-violentes de nombreux groupes à travers le monde.

Après toute une vie consacrée à l'émancipation de l'Inde, Gandhi a eu la douleur de voir son pays se déchirer dans des guerres religieuses sanglantes entre hindous et musulmans. Lui-même hindou, il n'a cessé de plaider pour la réconciliation des deux communautés, ce qui lui a valu d'être accusé de trahison par les fanatiques de sa communauté. Gandhi n'en figure pas moins au panthéon des plus grandes personnalités du XXe siècle.
Gandhi démontre l'efficacité de la non-violence
Mohandas Karamchand Gandhi naît le 2 octobre 1869 à Porbandar, dans une famille de riches commerçants du Gudjerat, au nord-ouest de l'Empire britannique des Indes. Il fait des études d'avocat à Londres puis, trop timide pour plaider en Inde, part en mai 1893 en Afrique du Sud où s'est établie une nombreuse communauté originaire des Indes.
Affecté par des vexations racistes de la part des Blancs, comme de devoir descendre d'un compartiment de train de première classe, il s'érige en défenseur des immigrants indiens et forge une doctrine originale fondée sur la non-violence, la maîtrise de soi et le respect de la vérité (la «satyagraha»).
Il préconise en vertu de cette doctrine la désobéissance passive et collective pour lutter contre les discriminations et remporte de spectaculaires succès face aux gouvernants britanniques. Mais c'est au prix de plusieurs séjours en prison.
Néanmoins, ill se comporte loyalement à l'égard des Britanniques pendant leur guerre contre les Boers, en 1899-1901, et organise un service d'ambulances avec un personnel indien.

Un héros indien.
À son retour en Inde en janvier 1915, Gandhi bénéficie déjà d'une solide réputation d'ascète et de héros qui lui vaut d'être surnommé par le grand poète indien TagoreMahatma, d'après un mot hindi qui veut dire «Grande âme».
Gandhi accède à la présidence du parti du Congrès et mène dès lors la lutte pour l'autonomie du pays puis pour son indépendance tout en prônant l'autosuffisance économique, le retour aux techniques traditionnelle, mais aussi l'émancipation des femmes et des Intouchables (les hors-castes de l'hindouisme). Avec bienveillance, il surnomme ces derniers les Harijans ou gens de Dieu (les Intouchables récusent aujourd'hui ce terme paternaliste et lui préfèrent celui de Dalits ou opprimés).
Plein de curiosité pour les systèmes philosophiques et les grandes religions, il n'en reste pas moins fidèle à son héritage hindou. Il se rapproche de l'Inde profonde des villages et préconise le retour à une économie traditionnelle.
Le Mahatma donne l'exemple de l'ascétisme en pratiquant la chasteté dans son ashram des environs d'Ahmedabad, au nord-ouest du pays, et en tissant le coton sur son rouet pour subvenir à ses besoins et fabriquer ses propres vêtements.
À Amritsar, une manifestation tourne au massacre et rompt les liens invisibles qui rapprochaient Indiens et Britanniques.
Gandhi poursuit son action avec encore plus de détermination, en s'appuyant sur le parti du Congrès. Il préconise la non-participation (refus des décorations, boycottage des produits anglais...) et prescrit même la grève de l'impôt dans un district du Gudjerat.
Mais l'affaire tourne à l'émeute et Gandhi, par souci d'éviter les violences, interrompt le mouvement en février 1922. Lui-même entame une grève de la faim dans son ashramet met sa vie en danger pour convaincre ses compatriotes d'interrompre les violences. Il est emprisonné, ce qui lui vaut une aura internationale de martyr...

1930, la marche du sel
En 1930, la marche du sel lui vaut d'être à nouveau arrêté mais elle convainc les libéraux britanniques d'engager l'Inde dans la voie de l'indépendance. Dès l'année suivante, celui que Winston Churchill qualifie avec mépris de «fakir à moitié nu» est convié à Londres à une table ronde destinée à débattre d'une hypothétique indépendance de l'Inde.
Mais les discussions achoppent très vite sur les modalités de l'indépendance (faut-il accorder aux États princiers le droit de sécession ? quelle garantie pour la minorité musulmane, qui représente alors un quart des 350 millions d'Indiens ? quel statut pour les Intouchables ?...). Le Mahatma est déçu que le Congrès ne le suive pas dans le retour aux valeurs traditionnelles et s'en tienne à la quête de l'indépendance. Il renonce à la présidence du parti.
Lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate, les Britanniques engagent l'Inde dans le conflit sans prendre la peine de consulter les représentants de la colonie. Tout au plus le Premier ministre Winston Churchill promet-il aux Indiens, à l'issue de la guerre, un statut de dominion similaire à celui du Canada ou de l'Australie.
Parmi les compagnons de Gandhi, certains comme Jawaharlal Nehru plaident pour ne rien faire qui favorise l'ennemi japonais et son allié allemand. Mais pour Gandhi lui-même, l'heure des compromis est terminée. Tout en condamnant la violence et, pire encore, l'alliance avec l'ennemi japonais dans laquelle se compromet l'ultra-nationaliste Bose, le Mahatma lance le 8 août 1942, à Bombay, un mot d'ordre radical à l'adresse des Britanniques : «Quit India !» (Quittez l'Inde !).
Quelques heures plus tard, plusieurs chefs du parti du Congrès sont arrêtés. Gandhi lui-même est une nouvelle fois incarcéré. Il ne sera libéré qu'en mai 1944. Mais entre temps, son mot d'ordre aura donné le signal de la désobéissance civile sous la forme de manifestations, boycotts et grèves...

La joie ternie de l'indépendance.
Au terme de la Seconde Guerre mondiale, les Britanniques sont résignés à se retirer du sous-continent indien.
L'Union indienne célèbre son indépendance le 15 août 1947. Le vice-roi Mountbatten remet les pouvoirs au Premier ministre Nehru. Mais la fête est gravement ternie par sa scission d'avec le Pakistan, en bonne partie à cause de Mohammed Ali Jinnah, un avocat musulman chiite, qui dirige la Ligue musulmane et prône la création d'un État musulman indépendant.
Il s'ensuit une atroce guerre religieuse qui fait plus de 400.000 morts et entraîne le déplacement de part et d'autre des nouvelles frontières de près de vingt millions de personnes !
Le Mahatma entre au soir de sa vie dans son dernier combat en entamant une nouvelle et périlleuse grève de la faim pour convaincre hindous et musulmans de déposer les armes. C'est un échec. Gandhi meurt, victime d'un extrémiste qui souhaitait la création d'un État hindou, l'Hindoustan, au lieu de l'Inde laïque et multiconfessionnelle. Le vieillard meurt en prononçant  : «Mon Dieu !». Son assassin sera jugé et pendu.

Cinéma
La vie de Gandhi a été magnifiquement retracée au cinéma par Richard Attenborough en 1982, avec l'acteur anglo-indien Ben Kingsley dans le rôle-titre.

La désobéissance civile, une radicalité constructive.
L’écrivain américain Henry David Thoreau :


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La marche des Gueux- 2007

2 octobre 2007. 25 000 paysans sans terre se rassemblent à Gwalior, en Inde, pour une marche d’un mois à travers le pays. Ce sera JADANESH, le verdict du peuple. Leur but : le parlement de New Delhi. Leur objectif : obtenir des terres gouvernementales pour vivre dignement. Ce film raconte leur épopée.
Gandhi avait réussi à mettre le colonisateur à la porte. Mais ce dernier est revenu par la fenêtre...
La globalisation financière crée un monde où les petits paysans indiens sont écrasés par leurs dettes, les expropriations, la logique du marché. Ils vont alors grossir les immenses bidonvilles des mégapoles, balayer les rues ou travailler à l’usine pour des salaires de misère. Aujourd’hui, pourtant, un peuple de 25 000 gueux s’est levé en Inde, regroupé dans un syndicat, Ekta Parishad. On y trouve des femmes et des hommes de tous âges, des enfants, des tribus, des intouchables, des internationaux. Refusant le fatalisme inhérent aux croyances indiennes, le karma, les castes, la condition féminine, il marche maintenant sur la route d’un destin qu’il se crée. En l’occurrence une autoroute traversant cinq régions pour récupérer ses droits à la terre, son droit à une vie décente.
Une expérience puissante, déroutante quelquefois, en tout cas d’une formidable humanité. Il n’y a pas de paix sans justice. Dans un pays agité par de violents affrontements et des actes terroristes, les revendications de la marche s’enracinent dans une lutte et des méthodes directement héritées de Gandhi, la "Grande Âme". La non-violence déploie ici toute son efficacité et prouve qu’elle est bien une force de résistance capable de libérer nos sociétés de l’injustice. Un exemple ?


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Vandana Shiva a pris la succéssion de Gandhi.
Elle défend et aide les petits paysans.
Elle est entrée en guerre contre Coca Cola qui pille l'eau des nappes fréatiques...

Une femme extraordinaire....rencontre avec l’altermondialiste indienne Vandana Shiva
Vandana Shiva
Vandana Shiva : graines de résistance
Présentée par le magazine « Asia Week » comme l’une des cinq personnalités les plus influentes d’Asie mais méconnue du grand public en Occident, Vandana Shiva parcourt le monde sans relâche depuis plus de 20 ans pour défendre les souverainetés alimentaires et mettre en garde contre les effets pervers de l’agrobusiness. Particulièrement la mise en péril et l’appropriation de la biodiversité par des multinationales comme la très controversée Monsanto. Physicienne, docteur en philosophie des sciences, féministe et fervente admiratrice de Ghandi, la « José Bové en sari » mène son combat non-violent au travers d’organisations de recherche et d’action directe. Son association Navdanya, par exemple, sauvegarde et distribue librement aux paysans des variétés de semences menacées - clés d’un avenir agricole indépendant. Au grand dam des empêcheurs de semer en rond.
Rencontre à Delhi, un soir du printemps 2009.
- Lorsqu’on vous lit, les références au combat de Gandhi pour l’indépendance indienne sont nombreuses. Comment a-t-il influencé votre travail ?
Gandhi a été un modèle pour moi dès mon enfance, au travers de mes parents, qui m’habillaient avec le Khadi, un textile tissé à la main, mais surtout un symbole fort de son apport idéologique à l’Inde, son arme de lutte contre l’impérialisme britannique à une époque où tous les textiles provenaient d’Angleterre. Il clamait que nous ne serions jamais libres tant que nous ne produirions pas nos propres textiles. C’est la raison pour laquelle le tissage des vêtements a été une part importante de notre indépendance.
Ma mère m’a demandé le jour de mes 6 ans ce qui me ferait plaisir. Je lui ai répondu une robe en nylon, parce que cet horrible matériau venait d’arriver en Inde et que toutes mes copines portaient une robe en nylon. Je me souviens que ma mère m’a dit « je peux t’en offrir une mais rappelle-toi que lorsque tu la portes, un millionnaire est en train de s’offrir sa prochaine Mercedes, alors que si tu portes une robe en Khadi, une femme du village nourrira ses enfants ce soir ». Cette phrase m’est toujours restée en tête, comme une leçon d’économie politique. Mon respect pour le fait main, pour l’artisanat est en grande partie dû à cette influence ghandienne. Chacun de mes saris est tissé à la main. Il renferme un savoir-faire, il constitue un gagne-pain.
J’ai connu un vigoureux retour de la pensée de Gandhi en 1987 à la Conférence de Genève, lorsque j’ai entendu les grandes multinationales planifier la façon dont elles voulaient breveter le vivant et modifier génétiquement la nourriture. Elles ont réellement mis en place cette situation surréaliste dans laquelle cinq entreprises possèdent tout le vivant, toute la nourriture, toute l’industrie pharmaceutique, tout. Il s’agit de la dictature ultime. Comment la combattre ? J’avais encore à l’esprit la façon dont Gandhi a symboliquement ressorti le rouet pour tisser et fabriquer des vêtements et je me suis demandé ce qui pourrait être le rouet de notre époque. J’ai pensé à la graine et j’ai commencé à en conserver depuis ce jour de 1987 en fondant Navdanya, mouvement de sauvegarde de la graine. La seconde facette de cette inspiration est le puissant concept de Satyagraha, que nous avons continuellement mis en pratique pour défendre notre droit aux semences libres.
- Que signifie exactement Satyagraha ?
Satyagraha signifie littéralement le « combat pour la vérité ». Et Bija Satyagraha signifierait le « combat pour la vérité de la graine ».
Concrètement, la graine se reproduit, elle se multiplie, elle est partagée. Les paysans doivent avoir accès à ces semences. Nous avons commencé à pratiquer la « Bija Satyagraha » lorsque les grandes multinationales se sont mises à établir des monopoles sur les semences et ont utilisé notre gouvernement pour créer et mettre en place des lois qui existaient déjà en Europe et aux Etats-Unis, interdisant aux paysans d’utiliser leurs propres graines, rendant illégales des semences indigènes.
- Comment ces entreprises parviennent-elles à cela ?
Eh bien elles l’ont fait ! Mais en Inde, lorsqu’elles sont arrivées avec le 2004 Seed Act qui établissait véritablement une dictature semencière, nous nous sommes mobilisés à l’échelle du pays. J’ai brandi je ne sais combien de centaines de milliers de signatures devant notre Premier ministre en lui disant : « Vous pouvez créer cette loi, nous n’y obéirons pas ! » Parallèlement, nous nous sommes mobilisés au parlement et ils n’ont pas été en mesure d’introduire cette loi. Cela ne veut pas dire qu’ils n’en seront pas capables à l’avenir, mais nous recommencerons s’il le faut !
- En Europe, quels moyens pourraient être mis en œuvre pour résister à ce genre de lois ?
J’ai eu des entretiens avec José Bové dans le but de mettre en place des rassemblements de paysans et de conservateurs de semences et de créer une Bija Satyagraha à l’échelle globale. Les paysans doivent absolument sauver leurs semences, ils doivent défendre leur droit de choisir celles-ci librement.
Si nous ne commençons pas à défendre notre droit aux semences libres, nous courons droit à une famine massive ! Ces compagnies sont incapables de produire assez rapidement en proportion à la destruction qu’elles sont en train de causer. Leurs monocultures engendrent de nouvelles maladies, leur agriculture chimique engendre des changements climatiques. Elles ne pourront jamais créer suffisamment de diversité pour faire face à toute cette imprédictibilité. Elles sont en train de mener l’humanité entière vers une impasse. Elles ont déjà causé des problèmes énormes à l’échelle planétaire, par exemple en Inde avec les tragiques suicides des paysans endettés à cause du coton transgénique Bt de Monsanto. On pourrait aussi évoquer l’effrayante disparition des abeilles, liée à l’usage des pesticides et aux cultures transgéniques de type Bt.
Ces entreprises détruisent non seulement la diversité génétique agricole, mais également la totalité de la biodiversité. Nous devons absolument réinstaurer une diversité des semences respectant la nature..
- Concernant par exemple ce cas des suicides de paysans liés au coton Bt, pourquoi un agriculteur choisit-il un système qui le mène à l’endettement et à de mauvaises récoltes ?
Il ne le choisit pas, c’est là tout le problème. Il y est conduit ! Il y a deux façons par lesquelles les paysans indiens sont poussés dans la culture du coton transgénique.
D’abord, la publicité mensongère : des entreprises comme Monsanto utilisent les écritures religieuses, elles emploient des camions-vidéo, projettent des films dans les villages, elles utilisent nos dieux. Je crois qu’en Inde, nous disposons de 300 millions de divinités. 300 millions, c’est un grand nombre de vendeurs potentiels ! Ils utilisent Guru Nanak, le Saint de la religion Sikh, pour vendre leurs produits dans le Pendjab ; ils utilisent Hanuman en Inde du Sud ; ils utilisent Ram là où il est populaire ; ils utilisent n’importe quel dieu disponible. Des personnes innocentes qui ne connaissent pas ce type de pratiques pensent réellement « le seigneur Hanuman est saint, cette graine est miraculeuse » et ils prennent cette propagande au sérieux. C’est littéralement ce que m’a dit un des paysans quand je suis partie enquêter en Andra Pradesh lorsque toute cette vague de suicides a commencé.
Deuxièmement, ces entreprises tuent la diversité locale en remplaçant les semences indigènes par leurs semences brevetées. Parfois, ce remplacement est mis en œuvre en partenariat avec le gouvernement, qui organise des campagnes du style « laissez tomber vos vieilles graines », sur le ton de « changez vos chaussettes sales ». Dans certains des cas, les entreprises vont jusqu’à racheter ces « vieilles » semences aux paysans, pour s’assurer le monopole en retirant ces espèces de la circulation.

 Vous voulez dire qu’elles prennent le contrôle des banques de semences gouvernementales ?
Les entreprises et le gouvernement travaillent très étroitement ensemble, à présent… Notre gouvernement a cessé de distribuer ses propres graines, il ne distribue plus que des graines provenant d’entreprises commerciales, même à travers les programmes gouvernementaux.
- A la façon du système des « portes tournantes » que Marie-Monique Robin a mis en évidence dans son documentaire « Le monde selon Monsanto » ? https://www.youtube.com/watch?v=si_VATnmNME
Ce système des portes tournantes existe aussi en Inde. Mais plus que cela, il y a le fait que les entreprises s’octroient tous les pouvoirs moyennant des pots-de-vin dérisoires. J’ai vu cela avec le maïs, pour lequel elles versent un petit montant à l’Association des producteurs de maïs, et par là, s’assurent l’accès à la distribution des semences de maïs.
- De quels moyens de pression sur le gouvernement une association comme Navdanya dispose-t-elle ?
Nous avons trois moyens de pression. Le premier, comme je l’ai mentionné, est la Satyagraha, le combat non-violent des lois néfastes.
Ensuite, nous avons les tribunaux et la possibilité d’intenter des procès, de nous défendre lorsqu’une loi existante est violée pour ouvrir la voie aux entreprises. J’ai par exemple déposé une plainte lors de la première incursion de Monsanto dans notre pays. Le procès a repoussé l’introduction du coton Bt en Inde à 2002, sans quoi il aurait été présent dès 1998, à l’échelle commerciale. De 1998 à 2002, ils n’ont pas été en mesure de dépasser le stade du procès.
Le troisième moyen est l’élaboration d’alternatives. Parce que je crois personnellement que rien n’est plus parlant qu’une alternative fonctionnant mieux que la propagande des entreprises.

 Vous souhaiteriez un système alternatif permettant de fournir à tous une nourriture de qualité à des prix équitables, protégeant les consommateurs mais également les producteurs. Concrètement, comment agir, particulièrement en Europe ?
Je crois que les choses bougent en Europe. Ces modèles dont je parle se mettent en place. Ils consistent à produire plus de nourriture par la biodiversité, à la produire à moindre coût par l’agriculture biologique, à la produire avec un meilleur pouvoir nutritif et de meilleure qualité (parce que biologique et diversifiée), et à la vendre plus équitablement, de façon à causer moins de dommages environnementaux, mais aussi moins de gaspillage de ressources.
Nous devons en revenir à une consommation plus proche du lieu de production. Ça ne veut pas dire que tout va subitement pousser n’importe où. Vous ne serez pas capables de produire du poivre en Europe. Et ce n’est pas un problème, nous pouvons vous le fournir. Certains produits ne se cultivent qu’à certains endroits, mais les volumes dont nous avons besoin de ces denrées sont très faibles.
Actuellement, le grand problème est le paradigme commercial dominant, qu’on pourrait appeler « global food swap » : nous produisons ici des patates pour les exporter quelque part ; un autre pays produit également des patates que nous importons. Washington produit des pommes et les exporte en Nouvelle-Zélande, qui à son tour produit des pommes exportées vers Washington. Cette aberration se déroule quotidiennement sous nos yeux, permettant aux entreprises de faire du bénéfice à tous les niveaux : elles récoltent les subsides des Etats-Unis pour exporter dans une direction, et elles récoltent en même temps des aides de la P.A.C. (Politique Agricole Commune) européenne. Partout, elles touchent des aides à l’exportation ; elles gagnent sur tous les plans ! Cette récolte de subsides est la seule raison qui explique ce système grotesque dans lequel tout le monde échange de la nourriture plutôt que de la produire localement.
La raison pour laquelle les paysans du monde entier s’appauvrissent est qu’ils ne reçoivent pas une part équitable du prix de la production. Cette part qui devrait leur revenir va aux entreprises, va par exemple à Danone et non pas aux paysans qui produisent le lait.
Des contre-exemples existent heureusement. Ainsi, j’ai eu l’occasion de conseiller le gouvernement de la Toscane lorsque je présidais la Commission internationale pour le futur de la nourriture. La Toscane, grâce à notre travail pour créer et mettre en place nos modèles, dispose à présent de plans de circuits commerciaux courts, ses écoles et hôpitaux préparent des repas entièrement biologiques et les paysans locaux disposent maintenant de revenus tellement plus hauts, parce qu’ils ont droit à la part qui leur revient.
- Mais comment organiseriez-vous ce lien entre le producteur et le consommateur ?
Pour vous en faire une idée, allez donc jeter un œil au coin de la rue, sur notre petit magasin de détail. C’est comme cela que nous organisons le lien, à plusieurs niveaux : un peu de vente, un peu de relations institutionnelles. Nous fournissons le Gouvernement tibétain exilé, ainsi que ses écoles, en nourriture biologique. En fait, la moitié de notre production est écoulée ainsi, et l’autre moitié dans nos points de vente. Mon rêve, mon but pour 2009 serait que le réseau public de distribution alimentaire, qui était destiné à tous mais ne sert plus aujourd’hui que les pauvres, que ce réseau système alimentaire dans lequel le gouvernement indien investit des centaines de millions de roupies chaque année - 3.500.000.000 rs. - serve à fournir de la nourriture de qualité. L’argent est dépensé pour acheter de la nourriture, la rendre abordable pour tous, pourquoi ne pas investir dans la qualité ? Il y a de l’argent mais il est mal utilisé. Le gouvernement pourrait subsidier de la bonne nourriture pour les plus démunis. Mon but, pour 2009, est de prouver que c’est possible !
- Etes-vous optimiste quant aux nouvelles générations, en Europe par exemple ?
Très optimiste ! Beaucoup d’entre vous se rendent compte que nous n’en sommes pas à la fin du monde et que ce système existant est dénué de sens. Beaucoup mettent en place de nouvelles options. Il ne faut jamais douter de la capacité d’un petit groupe de personnes à changer les choses, il s’agit d’un principe très important. Et il y a suffisamment de petits groupes dans la jeunesse…

 Pensez-vous que l’agriculture européenne pourrait en revenir à de petites entités, de petites exploitations familiales autosuffisantes ?
Elle pourrait en revenir à cela soit au terme d’un grand chaos, soit à l’aide d’un grand travail de planification. Mais quoi qu’il arrive, en aucun cas leurs fermes industrielles géantes ne sont durables. En aucun cas.
- Qu’enseignez-vous dans la ferme de Navdanya ? Quel type de techniques apprenez-vous aux paysans ?
Notre premier enseignement est celui de la biodiversité et de toute la sagesse qui l’entoure. Son ampleur, sa valeur et ses fonctions. Cette part n’est enseignée nulle part ailleurs en Inde. Les fermiers n’apprennent pas que la biodiversité est utile, qu’elle est productive. Je reçois parfois des paysans du Pendjab, des personnes de 50 ans qui ne cultivent que du riz et du blé à l’aide de produits chimiques. Lorsqu’ils arrivent dans notre ferme, ils regardent nos plants de lentilles et s’exclament « est-ce que c’est à cela que le haricot mung ressemble ? » Ou encore : « la plante de sésame ressemble donc à ça ! » Ils sont comme des petits enfants qui découvrent le monde. Pour nous, Navdanya est la redécouverte de la planète à l’échelle miniature. La deuxième chose que l’on enseigne aux paysans est l’ensemble des « outils » de l’agriculture écologique, une agriculture écologique abordable financièrement. Une partie de la ferme consiste en une parcelle d’autosubsistance d’un acre, sur laquelle pousse tout ce dont une famille aurait besoin pour se nourrir ainsi qu’un petit surplus duquel elle pourrait tirer un revenu. Nous enseignons aussi des méthodes de fabrication de produits phytosanitaires naturels, à base de plantes. Notre « école de la graine », Bija Vidyapeeth, est une école communautaire d’enseignement de la « vie durable », et l’une des choses que l’on y enseigne est la cuisine, un savoir en train de tomber dans l’oubli. Le nettoyage est également un savoir oublié et tout le monde compte sur des personnes démunies venues d’ailleurs pour faire le ménage à leur place. Si vous prêtez attention aux concierges d’Europe, ils sont tous émigrés de quelque part. Donc à Bija Vidyapeeth, chacun fait sa vaisselle. Nettoyez votre propre crasse, c’est un des principes fondamentaux de la philosophie de Navdanya.

"L’histoire de Vandana Shiva est d’abord celle d’une grosse erreur de parcours suivie d’une rédemption personnelle. Celle d’une spécialiste brillante de la physique nucléaire, qui se retrouve du jour au lendemain face à son destin et décide de changer de vie. A ses débuts, cette marcheuse anonyme qui évoluait seule, de village en village, pour collecter ses tout premiers sachets de graines locales et en assurer la préservation, semblait ridicule. D’autant qu’à la même époque, les semenciers fourbissaient déjà le scénario d’un monopole planétaire. Mais face au raz-de-marée des grands groupes mondiaux inondant les campagnes de produits chimiques et de graines « miraculeuses », le combat de Vandana Shiva s’est lui aussi étendu à tous les continents, déployant ses arguments sur une scène médiatique planétaire. Tissant son histoire dans la trame du mouvement altermondialiste, Vandana Shiva fut à l’origine du tout premier rassemblement antiglobalisation à Bangalore. Ce mouvement se propagea ensuite dans Seattle, Cancún, Gênes, etc. Avec en tête de cortège une femme reconnaissable à l’énorme bindi ornant son front.
Mais ces manifestations spectaculaires et la renommée de Vandana Shiva cachent le véritable coeur de l’action de cette militante : Navdanya. Navdanya c’est une ferme biologique où se tient la première banque de graines créée par Vandana Shiva avec un vaste réseau de distribution gratuite et d’échange de semences. Navdanya c’est le siège d’une ONG ayant pour mission de protéger ce patrimoine, d’essaimer les variétés locales de riz, blé, orge, légumes et autres plantes médicinales. La vie de Vandana Shiva se résume en mille combats. Fidèle à la dualité de cette militante, aussi présente dans la lutte internationale qu’obsédée par son enracinement local, ce livre nous plonge à la fois dans la révolte épique d’un petit village tribal contre l’usine Coca- Cola, qui assèche ses puits, et dans la croisade antiglobalisation qui, de procès en manifestations, mène Vandana Shiva aux quatre coins du monde. À l’échelle locale comme mondiale, les armes de cette épopée non-violente sont la désobéissance civile, la pédagogie par l’exemple, la révolte et l’action en justice."
Pour en savoir plus : www.navdanya.org

En France nous avons Kokopelli : http://kokopelli-semences.fr/ pour les graines

Coline Serreau
Vous pouvez entendre Vandana Shiva dans le très bon film de Coline Serreau "Solutions locales pour un désordre global", ainsi qu'un tas de belles personnes qui défendent nos intérêts. Ici le film entier :

Tous ses films son géniaux :
La belle verte, Chaos, la crise, Saint-Jacques... La Mecque, 3 hommes et un coufin..
La crise :
Extrait "La Crise" sur l'homéopathie
Riz complet et politique

Sa vie aussi est super! 



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