dimanche 28 janvier 2018

28/01 - AMÉRINDIENS ET PALESTINIENS : 
UN COMBAT COMMUN POUR LA JUSTICE. 

Le génocide des Amérindiens, semblable à la destruction ininterrompue de la nation palestinienne, est l’un des points les plus bas atteint par la morale humaine. Il est particulièrement décourageant de voir à quel point il est toujours nécessaire de se battre pour faire reconnaître cette grave injustice.

Des milliers d’Américains autochtones ou Amérindiens ont ressuscité l’esprit combatif de leurs ancêtres alors qu’ils se tenaient dans un rassemblement unitaire sans précédent pour contester la profanation par une compagnie pétrolière de leur terre sacrée dans le Dakota du Nord. Compte tenu du poids de son contexte historique, ce moment a été l’un des événements les plus émouvants dans l’histoire récente. Le bras de fer, impliquant 5.000 manifestants autochtones américains avec parmi eux les représentants de 200 tribus et groupes de défense de l’environnement, a été largement édulcoré dans les bulletins d’informations en étant réduit à une question de détails techniques – concernant les questions de permis et de poursuites judiciaires.

Un combat inégal
Au mieux, les tribus rassemblées et la compagnie pétrolière sont traitées comme si elles étaient à parties égales dans une lutte prétendument équilibrée. Dakota signifie amical et pourtant, il semble qu’aucune des parties n’a été trop amicale à l’égard de l’autre, écrit Mark Albert sur le site Web du réseau de télévision américain CBS.
La nation Dakota est à juste titre alarmée par la perspective que ses réserves d’eau soient polluées par l’énorme pipeline qui traversera quatre États et s’étirera sur plus de 1.100 miles.
L’autre côté est la société Energy Transfer Partners, dont la construction du Dakota Access Pipeline au coût de 3,7 milliards de dollars, porte atteinte aux droits territoriaux des tribus amérindiennes, détruisant des cimetières sacrés et menaçant de polluer les principales ressources en eau de larges communautés amérindiennes.
Craindre de futurs déversements dans la rivière Missouri n’a rien d’une exagération. Les États-Unis sont aujourd’hui aux prises avec des crises de l’eau, en partie à cause de l’abandon d’infrastructures mais aussi à cause de nombreux déversements de pétrole et fuites de gaz naturel.
La récente crise de l’eau à Flint dans le Michigan, et le déversement de pétrole dans un passé récent par la compagnie British Petroleumdans le Golfe du Mexique – dont le corollaire a été de graves crises humanitaires et environnementales – ne sont que deux cas récents parmi les plus notoires.
Mais le problème est beaucoup plus profond et la situation ne cesse de s’aggraver.

La pollution des ressources en eau est devenu un problème à l’échelle nationale
Des données obtenues par le réseau d’informations CNBC auprès de l’Agence gouvernementale de protection de l’environnement, ont montré que « seuls neuf États américains signalent des niveaux tolérables pour la santé, de plomb dans leur approvisionnement en eau.

Ces États sont l’Alabama, l’Arkansas, Hawaii, le Kentucky, le Mississippi, le Nevada, le Dakota du Nord, le Dakota du Sud et le Tennessee.
Comme si cela n’était pas suffisamment préoccupant, le gigantesque pipeline de pétrole brut traversera plusieurs de ces mêmes États, pouvant encore limiter leur nombre.
Les débats sur les risques potentiels de la construction du pipeline sont monnaie courante depuis des années. Mais la question, a gagné une couverture nationale et internationale lorsque les tribus amérindiennes se sont mobilisées pour protéger leurs terres et leurs ressources en eau.

La mobilisation des tribus a été accueillie par une violence étatique. Au lieu de prendre en compte les importants griefs des tribus – en particulier ceux dans la réserve de Standing Rock qui se trouve à seulement un mile au sud de l’oléoduc – le gouverneur de l’État a convoqué tous les organismes d’application de la loi et mobilisé la Garde nationale. Mace Les manifestants ont été battus, arrêtés et chassés par des hommes armés en uniforme.
Aux États-Unis, quand les gens s’opposent aux grandes corporations, il semble que le plus souvent la violence d’État est la seule réponse et est lâchée contre des personnes non armées, dans l’unique but de protéger les grandes entreprises.

Une mobilisation des plus impressionnantes
Mais n’oublions pas un élément essentiel : la mobilisation et l’unité entre les tribus amérindiennes ont été les plus impressionnantes depuis des décennies. Alors que les chefs et les représentants de tribus venus de tous les États-Unis continuaient d’arriver sur les terrains de campement, l’esprit collectif des nations amérindiennes était relancé avec force.
En fait, la mobilisation actuelle des tribus amérindiennes dépasse de beaucoup la lutte contre une corporation avide de gain et soutenue par l’appareil agressif de l’État. Il est question en vérité de l’esprit des peuples autochtones de cette terre, qui ont subi un long génocide visant à leur élimination complète.

Les voir debout une fois de plus, avec leurs familles, montant leurs chevaux drapés de plumes, luttant pour leur identité, est une cause de célébration. Aux peuples opprimés partout dans le monde, ils apportent l’espoir que l’esprit humain ne sera jamais détruit.

Un génocide qui n’a jamais cessé
Pendant 500 ans, les Américains autochtones ont subi toutes les tentatives imaginables pour les effacer de la surface de la planète. Leurs nombre est tombé de 10 millions avant l’arrivée des Européens en Amérique du Nord, à moins de 300.000 au début du 20ème siècle. Ils ont été exterminés par les guerres coloniales et ravagés par les maladies venues de l’étranger.
Les appels à détruire les Amérindiens n’étaient pas suggérés mais plutôt clairement affichés. Par exemple, Spencer Phips, lieutenant-gouverneur de la province de Bay dans le Massachusetts a publié cette déclaration en 1755 au nom du roi George II: «Les sujets de Sa Majesté doivent saisir toutes les occasions de poursuivre, capturer, tuer et détruire la totalité et chacun des Indiens précités.»
La liste des prix pour les scalps des autochtones assassinés était la suivante : «50 livres pour les scalps d’adultes de sexe masculin; 25 pour les scalps de femmes adultes, et 20 pour les scalps des garçons et des filles de moins de 12 ans.»
Cette politique génocidaire contre les Amérindiens s’est poursuivie sans relâche.
Un siècle plus tard, en 1851, le gouverneur de Californie Peter H. Burnett, a fait cette déclaration: "Une guerre d’extermination continuera d’être menée entre les deux races jusqu’à ce que la race indienne ait totalement disparu".

Les méthodes d’extermination étaient variées, allant de l’assassinat pur et simple et la distribution de couvertures infectées par les maladies, à, comme c’est le cas aujourd’hui, la menace sur leur ressource la plus vitale : l’eau.
Pourtant, d’une certaine manière, l’esprit de Sitting Bull et Crazy Horse et de nombreux et courageux chefs et guerriers parcourent encore les plaines, exhortant leur peuple à se lever et à poursuivre un combat très ancien pour la justice et les droits.

Amérindiens et Palestiniens
Les Palestiniens ont toujours estimé que l’héritage des Amérindiens est semblable au leur.
"Nos noms: les feuilles aux branches de la parole divine; les oiseaux qui montent plus haut qu’un coup de pistolet. Vous qui venez d’au-delà de la mer, voulant la guerre; ne coupez pas l’arbre de nos noms; ne lancez pas vos chevaux enflammés à travers les plaines".
Ce sont quelques-uns des versets du poème séminal du poète palestinien Mahmoud Darwish : « Discours de l’Indien rouge. »
Je me souviens du jour où cet impressionnant morceau de littérature arabe a été publié intégralement dans le journal palestinien «Al-Qods». A l’époque, j’étais un adolescent dans un camp de réfugiés à Gaza. Je l’ai lu avec beaucoup d’appréhension et de vertige – soigneusement, lentement, et à plusieurs reprises.
Ceux qui ont pu le lire l’ont récité à voix haute à ceux qui ne le pouvaient pas.
Beaucoup de larmes ont été versées ce jour-là, surtout parce que nous savions tous trop bien que nous étions les «Indiens rouges». Ils étaient nous-mêmes.

Bien avant que la théorie critique féministe ait inventé le terme «intersectionnalité» qui soutient que l’oppression est interconnectée et qu’une institution oppressive ne peut pas être analysée isolément des autres, les Palestiniens, comme les autres victimes de la colonisation génocidaire, en ont toujours connu cette vérité.
Les Palestiniens perdent leurs vies, leurs terres et leurs oliviers tandis qu’ils résistent aux chars et aux bulldozers israéliens. Leur réalité est la répétition d’expériences similaires auxquelles ont fait face – et continuent de faire face – les Amérindiens. En ce 21ème siècle, la lutte des Amérindiens et des Palestiniens reste une seule et même lutte.
«Nos pâturages sont sacrés, nos esprits inspirés,
Les étoiles sont des mots lumineux où notre fable est lisible du début à la fin ..»
… a écrit Mahmoud Darwish pour les Amérindiens. Et pour les Palestiniens…

Dr Ramzy Baroud écrit sur le Moyen-Orient depuis plus de 20 ans. Il est chroniqueur international, consultant en médias, auteur de plusieurs livres et le fondateur de PalestineChronicle.com
Son dernier livre, Résistant en Palestine – "Une histoire vraie de Gaza"* (version française), peut être commandé à Demi-Lune
Son livre, "La deuxième Intifada" (version française) est disponible sur Scribest. Visitez son site personnel.

"Une histoire vraie de Gaza"«Il s'agit d'abord d'un livre sur la Bande de Gaza. Mais c'est aussi l'histoire de ma famille, et en particulier celle de mon père : comment des agriculteurs palestiniens, vivant de leurs cultures sur leurs propres terres, ont été amenés à fuir pour sauver leur vie et furent contraints de s'installer dans un camp de réfugiés de Gaza. Tout au long de l'ouvrage, je précise le contexte de l'invasion sioniste, et insère mon histoire familiale au sein de l'Histoire plus large de mon peuple et de la destruction de son ancien mode de vie. Jusqu'à aujourd'hui, existaient beaucoup de livres écrits par des Israéliens, dont certains compatissants et d'autres non, concernant la création de l'État d'Israël et son agrandissement ultérieur. Mais vraiment très peu relatent l'histoire de ceux d'entre nous qui ont tout perdu. Je suis fier de vous livrer ce récit : il symbolise le feu de la résistance dans tous les coeurs palestiniens ; la résistance de tous les êtres humains opprimés, en l'occurrence par les sionistes d'Israël et par les forces impérialistes qui les soutiennent. L'écriture de ce livre personnel m'a passionné, mais il n'en est pas moins un reflet exact de ce qui a gardé la résistance palestinienne en vie depuis si longtemps contre toute attente.» - Ramzy BAROUD
Ligne de front dans le conflit entre Israël et les Palestiniens, Gaza est systématiquement dépeinte comme un lieu de violence et de terreur. Ramzy BAROUD explore la vie quotidienne des habitants de cette région tourmentée, nous donnant à comprendre ce qui est en danger dans chaque nouvelle explosion de violence. Son livre raconte la fascinante histoire de son père : chassé de son village et parqué dans un camp de réfugiés, il a courageusement combattu l'occupation tout en élevant sa famille. Ce récit vivant et sans concession nous révèle des êtres humains complexes qui font de la Bande de Gaza bien plus qu'un simple territoire contesté.
«L'écriture profonde, sensible et réfléchie de BAROUD plonge au coeur de dilemmes moraux que l'on ne peut éluder qu'à nos risques et périls. Son regard clairvoyant épargne peu de monde...»
Noam CHOMSKY
Né à Gaza en 1972, Ramzy BAROUD est un journaliste et écrivain américano-palestinien de renommée internationale. Rédacteur en chef de The Brunei Times (version papier et en ligne) et du site Internet Palestine Chronicle, une source irremplaçable d'informations et d'analyses sur le conflit israélo-palestinien, ses articles sont publiés par les journaux du monde entier, comme le Christian Science Monitor, l'International Herald Tribune, le Washington Post, Al-Quds, le Jérusalem Post, le Guardian, Le Monde. Il est l'auteur de plusieurs livres, dont Searching Jenin : Eyewitness Accounts of the Israeli Invasion (2003) et de La Deuxième Intifada palestinienne : Chronique d'un soulèvement populaire (Scribest & CCIFP.2012).

** "La deuxième Intifada" - «Ce livre se veut un moyen de construire une position palestinienne indépendante, sans aucune allégeance vis-à-vis d’aucun parti politique ou individu, ni aucune organisation officielle. En cela, il se veut simplement une tentative de se référer aux mêmes principes que ceux des innombrables réfugiés vivant dans des camps confinés et surpeuplés où avec fierté la liberté est chérie plus que la vie.» Ramzy Baroud

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire